Revue

Démasquons les mots qui mentent ! (Contrastes, Octobre 2015)

Les mots qui mentent…

Démasquons les mots qui mentent ! (Contrastes, Septembre 2015)Le langage est une des plus belles des inven­­­­­­­tions humaines. Sans mots, pas de commu­­­­­­­ni­­­­­­­ca­­­­­­­tion écrite ou verbale, et donc pas de vie sociale possible. Les mots peuvent être doux, violents, imagés, compliqués, drôles, cyniques, gros­­­­­­­siers.

Ils peuvent aussi être mani­­­­­­­pu­­­­­­­la­­­­­­­teurs ou menteurs, notam­­­­­­­ment lorsqu’ils sont au service d’in­­­­­­­té­­­­­­­rêts parti­­­­­­­cu­­­­­­­liers ou d’une idéo­­­­­­­lo­­­­­­­gie domi­­­­­­­nante. Les mots peuvent être en effet détour­­­­­­­nés de leur sens premier et servir à justi­­­­­­­fier des mesures qui aggravent les inéga­­­­­­­li­­­­­­­tés sociales. Des mots que l’on entend désor­­­­­­­mais partout, que l’on utilise parfois sans y penser.

Des mots comme “charges sociales” qui laissent croire que la soli­­­­­­­da­­­­­­­rité dans une société serait un poids. Des mots comme « taxe » qui font oublier qu’a­­­­­­­vant tout, les impôts sont une contri­­­­­­­bu­­­­­­­tion au finan­­­­­­­ce­­­­­­­ment des services collec­­­­­­­tifs.

Des mots comme “acti­­­­­­­va­­­­­­­tion” qui font croire que le problème vien­­­­­­­drait des chômeurs et pas du manque d’em­­­­­­­plois dispo­­­­­­­ni­­­­­­­bles… Sans crier gare, le néoli­­­­­­­bé­­­­­­­ra­­­­­­­lisme fait des ravages et pas seule­­­­­­­ment sur le plan écono­­­­­­­mique et social.

Il a aussi colo­­­­­­­nisé les esprits en nous marte­­­­­­­lant avec des mots dont la trans­­­­­­­for­­­­­­­ma­­­­­­­tion progres­­­­­­­sive du sens est lourde de consé­quences.

Elle convainc une grande partie de la popu­­­­­­­la­­­­­­­tion qu’il n’y a pas d’al­­­­­­­ter­­­­­­­na­­­­­­­tive au capi­­­­­­­ta­­­­­­­lisme (le fameux « There is no alter­­­­­­­na­­­­­­­tive » de Marga­­­­­­­ret That­­­­­­­cher). Ce lavage de cerveau opère donc un lami­­­­­­­nage idéo­­­­­­­lo­­­­­­­gique qui discré­­­­­­­dite tout autre courant de pensée et tente de casser l’es­­­­­­­poir que des alter­­­­­­­na­­­­­­­tives sont possibles.

… démasquons-les !

Tout cela, ce ne sont que des mots… mais l’im­­­­­­­por­­­­­­­tant c’est l’ac­­­­­­­tion, direz-vous peut-être ! Sauf que…

Décryp­­­­­­­ter le langage néoli­­­­­­­bé­­­­­­­ral, appelé aussi Novlangue, permet de voir que le langage utilisé abon­­­­­­­dam­­­­­­­ment par les écono­­­­­­­mistes, les poli­­­­­­­tiques et les médias nous impose d’ac­­­­­­­cep­­­­­­­ter la déré­­­­­­­gu­­­­­­­la­­­­­­­tion sociale et l’ac­­­­­­­crois­­­­­­­se­­­­­­­ment des inéga­­­­­­­li­­­­­­­tés.

La répé­­­­­­­ti­­­­­­­tion inces­­­­­­­sante des mots austé­­­­­­­rité, compé­­­­­­­ti­­­­­­­ti­­­­­­­vité, handi­­­­­­­cap sala­­­­­­­rial, poids de la dette publique, ce n’est pas que des « parr­­­­­­­roles-parrr­­­­­­­roles », cela a un impact bien réel sur notre vie quoti­­­­­­­dienne, sur notre emploi (ou pas), sur nos reve­­­­­­­nus…

Voir et comprendre ces mots permet de montrer au grand jour les stra­­­­­­­té­­­­­­­gies qui se cachent derrière et de réaf­­­­­­­fir­­­­­­­mer que notre choix de société n’est pas celui-là, mais bien celui de l’éga­­­­­­­lité, de la soli­­­­­­­da­­­­­­­rité et du bien-être collec­­­­­­­tif.

Démasquer les mots qui mentent pour révé­­­­­­­ler “le vrai visage du néoli­­­­­­­bé­­­­­­­ra­­­­­­­lisme”, c’est l’objec­­­­­­­tif de la campagne de sensi­­­­­­­bi­­­­­­­li­­­­­­­sa­­­­­­­tion que les EP lancent cet automne 2015.

Pas de prise de tête, mais une campagne ludique et parti­­­­­­­ci­­­­­­­pa­­­­­­­tive qui invite chacun, indi­­­­­­­vi­­­­­­­duel­­­­­­­le­­­­­­­ment ou en groupe, à contri­­­­­­­buer à l’éla­­­­­­­bo­­­­­­­ra­­­­­­­tion d’un diction­­­­­­­naire des mots qui mentent

Le 7 novembre à Liège, nous revi­­­­­­­si­­­­­­­te­­­­­­­rons égale­­­­­­­ment la célèbre émis­­­­­­­sion du Jeu des diction­­­­­­­naires versus « Le jeu du dico­­­­­­­men­­­­­­­teur ». Et nous serons présents à diffé­­­­­­­rentes occa­­­­­­­sions (mani­­­­­­­fes­­­­­­­ta­­­­­­­tions, anima­­­­­­­tions d’ate­­­­­­­liers…) pour faire de cet exer­­­­­­­cice autour des mots une véri­­­­­­­table démarche d’édu­­­­­­­ca­­­­­­­tion perma­­­­­­­nente.

Au sommaire de ce numéro de Contrastes,

• Un regard analy­­­­­­­tique sur des mots qui sont révé­­­­­­­la­­­­­­­teurs de cette évolu­­­­­­­tion du langage : la respon­­­­­­­sa­­­­­­­bi­­­­­­­li­­­­­­­sa­­­­­­­tion, l’aus­­­­­­­té­­­­­­­rité, les charges sociales, la compé­­­­­­­ten­­­­­­­ce… ; • Une analyse de la manière dont s’est opérée l’of­­­­­­­fen­­­­­­­sive néoli­­­­­­­bé­­­­­­­rale et de la présence de la Novlangue dans les médias ;

• Des « jeux de mots »… au propre comme au figuré ; • Des méthodes et sugges­­­­­­­tions pour animer un atelier Novlangue. Bonne lectu­­­­­­­re… et bon amuse­­­­­­­ment !

Sommaire

p3 – De la propa­­­­­­­gande à la langue de bois
(Par Audrey Dye)
Dans les médias, dans la pub, chez les intel­­­­­­­lec­­­­­­­tuels ou les poli­­­­­­­ti­­­­­­­ciens, la langue de bois s’im­­­­­­­pose comme « la norme ». C’est dit : on nous vole nos mots et on les remplace par d’autres pour nous forcer à voir la réalité sous un angle que d’autres choi­­­­­­­sissent pour nous.

p6 – L’of­­­­­­­fen­­­­­­­sive néoli­­­­­­­bé­­­­­­­rale : Idées-fusées et actions-canons
(Par Chris­­­­­­­tine Stein­­­­­­­bach)
Le néoli­­­­­­­bé­­­­­­­ra­­­­­­­lisme, qu’est-ce que c’est ? Une certaine vision du monde qui tolère les inéga­­­­­­­li­­­­­­­tés ? Un système écono­­­­­­­mique hostile à l’Etat et aux syndi­­­­­­­cats ? Une nouvelle forme du capi­­­­­­­ta­­­­­­­lisme ? Une idéo­­­­­­­lo­­­­­­­gie ? Il y a un peu de tout cela. Ce qui est clair, c’est que les mots d’aujourd’­­­­­­­hui apportent de l’eau au moulin de l’of­­­­­­­fen­­­­­­­sive néoli­­­­­­­bé­­­­­­­rale.

p8 – Quand la novlangue enva­­­­­­­hit les médias
(Par Monique Van Dieren)
Les mots utili­­­­­­­sés par les sphères écono­­­­­­­miques et poli­­­­­­­tiques trouvent large­­­­­­­ment écho dans la presse écrite et audio­­­­­­­vi­­­­­­­suelle. mais derrière les mots se cachent des idées, voire même une idéo­­­­­­­lo­­­­­­­gie que les jour­­­­­­­na­­­­­­­listes relayent souvent “à l’insu de leur plein gré…”

p10 – De plus en plus respon­­­­­­­sables de tout !
(Par Laurent Quoi­­­­­­­bion)
Deve­­­­­­­nir respon­­­­­­­sable est le leit-motiv de la plupart des parents qui souhaitent voir leur progé­­­­­­­ni­­­­­­­ture voler un jour de ses propres ailes. une bonne chose ? Oui… sauf qu’en pous­­­­­­­sant à cette logique de respon­­­­­­­sa­­­­­­­bi­­­­­­­li­­­­­­­sa­­­­­­­tion à l’ex­­­­­­­cès en matière de droits et devoirs, nos gouver­­­­­­­nants ont vite fait de se débar­­­­­­­ras­­­­­­­ser de Leur respon­­­­­­­sa­­­­­­­bi­­­­­­­lité de veiller à l’in­­­­­­­té­­­­­­­rêt collec­­­­­­­tif. C’est très clair dans une série de domaines tels que l’em­­­­­­­ploi, l’en­­­­­­­vi­­­­­­­ron­­­­­­­ne­­­­­­­ment, la consom­­­­­­­ma­­­­­­­tion, la santé…

p12 – Travail, emploi : « Jobs, Jobs, Jobs »… à tout prix ?
(Par Clau­­­­­­­dia Bene­­­­­­­detto)
Charles michel l’a martelé dans son discours de rentrée au parle­­­­­­­ment le 13 octobre dernier : pour relan­­­­­­­cer la crois­­­­­­­sance, il faut des « Jobs, Jobs, Jobs ». trois mots qui ont fait mouche dans les médias et dans l’opi­­­­­­­nion publique. voilà donc comment un gouver­­­­­­­ne­­­­­­­ment de droite envi­­­­­­­sage une poli­­­­­­­tique de sortie de crise : des (petits) boulots à n’im­­­­­­­porte quel prix, quitte à brader les salaires, les condi­­­­­­­tions de travail et la protec­­­­­­­tion sociale. nous allons nous inté­­­­­­­res­­­­­­­ser ici au sens de certains mots : travail, emploi, flexi­­­­­­­bi­­­­­­­lité et mana­­­­­­­ge­­­­­­­ment.

p14 – Démasquons l’aus­­­­­­­té­­­­­­­rité !
(Par Paul Blanjean )
Impo­­­­­­­sée à de nombreux pays euro­­­­­­­péens depuis quelques années, l’aus­­­­­­­té­­­­­­­rité est présen­­­­­­­tée par ses défen­­­­­­­seurs comme la solu­­­­­­­tion miracle à un retour à l’équi­­­­­­­libre des finances publiques et à un redé­­­­­­­ploie­­­­­­­ment écono­­­­­­­mique. aujourd’­­­­­­­hui pour­­­­­­­tant, les syndi­­­­­­­ca­­­­­­­listes et les mili­­­­­­­tants de gauche ne sont plus les seuls à dénon­­­­­­­cer tant son carac­­­­­­­tère injuste que son inef­­­­­­­fi­­­­­­­ca­­­­­­­cité écono­­­­­­­mique.

p16 – Jouons avec la Novlangue
Pour comprendre le fonc­­­­­­­tion­­­­­­­ne­­­­­­­ment de la langue de bois, il faut comprendre les méca­­­­­­­nismes qui sont utili­­­­­­­sés pour détour­­­­­­­ner des mots ou des concepts. nous propo­­­­­­­sons ici un jeu de « mots fléchés » (vous trou­­­­­­­ve­­­­­­­rez les défi­­­­­­­ni­­­­­­­tions en page suivante). Le « forfait voyelles » vous aidera peut-être en four­­­­­­­nis­­­­­­­sant déjà toutes les voyelles. un mot est égale­­­­­­­ment à décou­­­­­­­vrir grâce aux lettres en noir : il désigne la dernière figure de style présen­­­­­­­tée dans cette liste.

p18 – Des ateliers pour se réap­­­­­­­pro­­­­­­­prier les mots
(Par Audrey Dye)
Orga­­­­­­­ni­­­­­­­ser un atelier « novlangue » : à quoi ça sert et comment ça marche ? C’est sûr, on ne s’y ennuie pas ! Rencontre avec les anima­­­­­­­trices d’un atelier novlangue à Char­­­­­­­le­­­­­­­roi.

Prix au n°

Prix au n°  : 2 € (+ frais d’en­­­­­­­voi)
Pour s’abon­­­­­­­ner (Contrastes + La Four­­­­­­­mi­­­­­­­lière)



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