[REVUE] Protéger la biodiversité : urgent et pas évident
Vraiment urgent, et vraiment pas évident
Guillaume Lohest
En 2012, l’équivalent du GIEC a été créé pour la biodiversité : l’IPBES, c’est-à-dire la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques. Environ 150 gouvernements sont aujourd’hui membres de cette coordination scientifique internationale, qui se réunit pour sa 12e session plénière du 3 au 8 février 2026 à Manchester pour aborder les liens entre entreprises et biodiversité.
Cela vous rassure-t-il ? Il y a fort à parier que non, car ce genre de grand-messe ne donne pas l’impression de parvenir à infléchir le cours des choses. Le rythme d’extinction des espèces et de disparition des populations d’animaux sauvages et de végétaux est vertigineux. Un véritable « anéantissement biologique » global. Pendant ce temps, du Nord au Sud, l’activité économique (surtout du Nord) s’étend, colonise les espaces, saccage les ressources (surtout du Sud), détruit les milieux de vie des humains et des non-humains.
Cette situation justifie une mobilisation générale en faveur d’un changement profond,
un front uni rassemblé sous la bannière « Nous sommes le vivant qui se
défend ». Pourtant, derrière la bannière, le front n’est pas si uni que ça. Parce que
pour défendre le vivant, il faut aller, massivement et presque toujours, contre des
intérêts économiques immédiats. Jusque-là, large consensus. Mais derrière ces
intérêts économiques (qu’on pourfend spontanément), il y a souvent des réalités
sociales : des emplois, des habitudes de consommation et de vie (barbecue,
smartphones, voitures, streaming et compagnie). Parfois aussi, ce sont des besoins
humains profonds : logement, énergie, sentiment de sécurité.
Un changement radical est donc urgent, mais il est loin d’être évident à mener. La
mobilisation générale des citoyennes et des citoyens, indispensable, n’est possible
que s’ils ne se sentent pas étrangers à cette lutte qu’on mènerait, au nom du vivant,
contre l’infrastructure socio-économique dont dépend leur vie à eux. Cette
phrase est facile à écrire. L’entièreté de ce numéro la prolonge et illustre combien
il est difficile de se mettre collectivement en mouvement.
L’administration Trump a annoncé son intention de quitter l’IPBES. Voilà un signe évident que cette plateforme produit des analyses intéressantes, notamment quand elle pointe du doigt les trois causes profondes de l’extinction de la biodiversité : la déconnexion et la domination vis-à-vis de la nature et des autres personnes, la concentration du pouvoir et des richesses, et la priorisation des gains de court terme. Voilà une bonne base de mobilisation !
Bonne lecture !
Consultez le dossier en ligne : Revue Contrastes Janvier–Février 2026