Focus sur le collectif La voix des Sans Papiers de Verviers
Solidarité et inventivité au service des sans-papiers
Le collectif de la Voix des Sans Papiers de Verviers agit depuis de très nombreuses années pour défendre les droits des personnes sans papiers. Nous vous proposons de découvrir le travail formidable de ses membres qui défendent avec détermination et inventivité leur droit à la dignité. La régionale des Équipes Populaires de Verviers y est fortement impliquée avec La Belle Diversité, leur partenaire à l’initiative du projet.
« Une dizaine de personnes sans papiers sont membres actifs du collectif de la Voix des Sans Papiers (VSP) qui est accompagné d’un comité de soutien composé de citoyens bénévoles et de deux associations partenaires : la Belle Diversité et nous », explique Romarin Onkelinx, animateur aux Équipes Populaires de Verviers. Le collectif, composé de personnes sans et avec papiers, se montre « soudé, actif et réactif », tant pour l’organisation d’événements et d’ateliers que pour ses revendications politiques et ses démarches concrètes pour obtenir des droits nécessaires.
Les activités sont diverses et visent notamment à compléter la caisse de la sécu solidaire : « La Voix des Sans Papiers est sollicitée dans l’organisation de plusieurs événements pour y servir du jus de gingembre, du bissap1 ou des samosas2, ou encore vendre des bijoux et des savons faits main lors d’ateliers organisés aux Équipes Populaires et à la Belle Diversité. La présence de la Voix des Sans Papiers à ces événements permet aussi une visibilité de la cause et une démarche de sensibilisation auprès du public. Par exemple, le collectif était présent lors d’un événement d’hommage à Patrice Lumumba le 17 janvier, et sera de la partie lors de la Marche contre le racisme du 21 mars où des membres prendront la parole, et lors du Festival Libertad le 25 avril ».
Sécu solidaire
Tous les bénéfices des ventes soutiennent la sécu solidaire de la Voix des Sans Papiers, un système mis au point par ses membres pour assurer un remboursement des soins de santé qui ne sont pas couverts par l’aide médicale urgente3 : « On est très fiers de
ce dispositif, c’est une mutuelle autogérée, les membres de la VSP payent une cotisation mensuelle, ce qui leur permet de rembourser des frais de soins de santé qui ne sont pas remboursés par l’aide médicale urgente ».
Les cotisations ne suffisent pas, le remboursement des soins de santé coûte cher comme l’a rappelé Gloire, personne sans papiers, dans son interview à la RTBF : « Je n’ai pas de revenu et pour la santé, je coûte cher. Hier j’ai eu une facture de 200€. Pour les fibromes c’est des médicaments à 127€ par mois, même l’insuline pour mon diabète n’est pas remboursée par le CPAS, alors la Sécu nous aide à rembourser4 ». L’argent récolté par les différentes activités ainsi que des dons permettent de compléter la caisse.
Agir pour sensibiliser
Le collectif sensibilise également les institutions : « On a notamment organisé l’année dernière une rencontre avec la direction du CPAS de Verviers qui a permis d’ouvrir à de meilleurs échanges pour assurer plus de dignité dans le traitement des dossiers concernés par l’aide médicale urgente, on a également initié des échanges avec le bourgmestre de Verviers, Maxime Degey. On avait perdu un peu le lien avec la commune depuis les dernières élections alors qu’avec le précédent bourgmestre, on avait une réunion tous les trois mois. On a demandé au bourgmestre actuel si on pouvait reprendre ce type de contact, il y a répondu favorablement ».
La première réunion a eu lieu en janvier 2025 et cela a continué à un rythme trimestriel. Les discussions ont tourné autour des risques d’arrestation dans les lieux publics, notamment les transports en commun, avec la volonté de les empêcher. « On a rencontré à la fois le bourgmestre et le chef de corps de police de la zone Vesdre, Alain Barbier », explique Romarin. « C’était, dans un premier temps, impossible pour eux de nous garantir cette sécurité, étant donné que la procédure quand il y a contrôle, c’est d’appeler l’Office des étrangers et si ce dernier ordonne un transfert dans un centre fermé, ils ne peuvent aller à l’encontre de cette décision. On a proposé que la carte de membre de la VSP fasse office de document d’identité toléré par la police. Si les agents tombent sur cette carte à la place d’une carte d’identité, on a demandé à ce qu’ils aient de l’indulgence envers ces personnes et qu’ils n’appellent pas automatiquement l’Office des étrangers ».
À l’issue de ces discussions, le chef de corps a finalement marqué son accord et a indiqué qu’il communiquerait l’information à tous les agents de police, qui peuvent appeler la Voix des Sans Papiers pour avoir un complément d’information, le numéro du collectif étant sur la carte de membre. Cela permet d’éviter que l’Office des étrangers ne soit contacté à chaque fois.
Des petites et grandes victoires
Ce dispositif, inspiré notamment du projet de carte d’identité communale à Liège5, est une sorte de caution : « On nous fait confiance et il faut que figure sur la carte de membre : nom, prénom et date de naissance pour que les policiers puissent vérifier dans leurs propres fichiers s’il n’y a pas des antécédents. On a conscience que ça ne résout pas le problème pour toutes et tous. C’est un accord informel qui reste dans le cadre de la loi mais qui ne garantira pas complètement un droit de circuler librement et de vivre en liberté sur le territoire. Dans l’idéal, on espère que beaucoup plus de personnes pourront en bénéficier. On pourrait même à terme imaginer que cette carte devienne une carte d’identité alternative que l’on puisse utiliser dans les bibliothèques, dans les académies par exemple et peut-être même qui sait pour suivre des formations. C’est un objectif à long terme en dépit d’une régularisation collective qui semble impossible dans la composition politique actuelle ».
Parmi les autres problèmes mis sur la table auprès du bourgmestre : le droit de déposer plainte en sécurité pour toute personne sans papiers. En effet, il est risqué pour les personnes sans papiers de se rendre au poste de police. « Nous avons demandé un accompagnement. Elles sont à présent prises en charge par le service d’aide aux victimes de la police qui garantit une confidentialité par rapport à la situation des victimes, ce qui n’est pas le cas quand on se rend directement au poste de police. C’est une prise en charge qui est très sécurisée. C’est une grande victoire ! »
C’est quoi une « visite domiciliaire » ?
C’est une mesure du gouvernement « Arizona » qui permettrait à la police et à l’Office des étrangers d’entrer de force dans une habitation privée occupée (même temporairement) par des personnes en séjour irrégulier. L’objectif étant de pouvoir les arrêter, les détenir et les expulser plus facilement. Il y a quelques années, des projets similaires avaient été proposés et avaient déjà suscité de nombreuses critiques de la part de juges d’instruction, de la société civile, des citoyen·ne·s et du Conseil d’État, à tel point qu’ils avaient été abandonnés. Depuis 2006 à Bruxelles, et 2012 en Région wallonne, des procédures sont prévues qui permettent aux habitant·e·s d’interpeller leur conseil communal, qui a dans ce cas obligation de répondre. L’interpellation de saisir un échelon proche et de recevoir une réponse de la part des pouvoirs politiques locaux, dont les marges de manœuvre, sur différents enjeux, sont tout sauf
négligeables.
Sources : CIRÉ – www.cire.be et CNCD – www.cncd.be
Ces moments d’échanges au sein du collectif de la Voix des Sans Papiers permettent de garder un lien entre une partie de la population marginalisée et les autorités qui pourront alors prendre en compte le vécu de ces personnes dans leurs décisions. Au-delà des avancées et de la solidarité qui continue à s’organiser et se transmettre, il y a beaucoup à faire quand on se réfère à la politique du gouvernement en matière d’asile et d’immigration : « La grosse revendication que l’on portera cette année si aucun conseiller communal ne prend cette question en charge, c’est le vote d’une motion par la ville contre les visites domiciliaires (cf. encadré) », clôture Romarin.
Propos recueillis par Claudia Benedetto
Pour marquer votre soutien au collectif, vous pouvez faire un don au n° BE 08 1030 5823 3313 (compte en banque de la VSPV –> communication : donation sécu solidaire).
Toute participation, ponctuelle ou régulière, grande ou petite, est très précieuse et toujours bien utilisée.
1. Boisson traditionnelle d’Afrique de l’Ouest, faite à partir de l’infusion de fleurs séchées d’hibiscus.
2. Beignet originaire d’Asie centrale et du Moyen-Orient.
3. L’aide médicale urgente permet de soigner, en première ligne, les personnes sans papiers ou en situation irrégulière en Belgique.
4. www.rtbf.be/article/a-verviers-la-secu-solidaire-aide-lessans- papiers-a-payer-leurs-soins-de-sante-manque-defonds- 11617763
5. https://www.liegecreative.be/evenements/la-carte-ardenteune- solution-dacces-aux-droits-fondamentaux