Arpentage : « Anatomie d’une démocratie à réinventer. Les risques de rétribalisation du monde ».
La rétribalisation est un phénomène sociologique désignant le repli
sur des identités tribales, ethniques ou communautaires.

Le constat entre pessimisme ambiant et dérive autoritaire
Lucas partage ses impressions sur sa partie du livre et se dit déçu :
« Tous ces constats liés aux différentes croyances m’ont touché : 69 % des gens pensent que leurs enfants vivront moins bien qu’eux. Je trouve cela très pessimiste ! »
Soulignant avec tristesse les observations de l’ouvrage, il note qu’une part croissante de la population souhaite un État autoritaire et cite un passage du livret : « Il faut quelqu’un de fort, de tendance conservatrice, une dictature éclairée. » Il ajoute que les 20 à 30 % de « ventres mous » représentent ceux qui se moquent de la société et ne mènent aucune réflexion sur celle-ci.
Lucas nous partage : « Toute révolution est un processus lent ; aujourd’hui, nous n’en connaissons ni la forme, ni la direction. Pourtant, lors du confinement, un élan d’espoir pour un monde nouveau avait inspiré les citoyens. Tout le monde semblait se battre pour le droit à la dignité et pour l’inclusion… mais cela a fait un flop ! »
Peter réagit : « Le confinement, c’est comme les canicules : on oublie. De plus, cela renforce la polarisation de la société : moins de réel et plus de virtuel ! »
Lucas poursuit avec un autre extrait, il existe une réelle dualité entre l’envie d’agir et l’action. Cet immobilisme se traduit par un état d’anxiété. Les propositions et les décisions politiques découragent le peuple de voter, donnant l’impression de devoir maintenir à flot un bateau qui coule. Lucas conclut que cette lecture lui semble déconnectée des réalités (« hors-sol »). Il y trouve un excès de statistiques qui s’apparente à une analyse purement politicienne, à l’opposé d’une approche visant à comprendre le monde des humains.
La fracture sociale et l’illusion des réseaux sociaux
Peter poursuit la traduction du livret en évoquant deux postures citoyennes. D’un côté, les mécontents (représentant 55 % de la population) abandonnent parce qu’ils n’ont plus confiance dans le système ni dans les politiques. Ils se replient sur eux-mêmes et adoptent une posture de victimisation, récupérée par les promesses de l’extrême droite.
Le livret affirme qu’ils manquent de bagage culturel et intellectuel, mais Peter conteste cette perception: « De nombreux diplômés votent également pour l’extrême droite! »
Le deuxième groupe est constitué d’« idéaux-types » au regard ouvert et confiant, qui représentent 23 % de la population. Entre les deux, 22 % des citoyens se trouvent dans un état de détachement complet et d’évitement.
Peter rejoint le constat de Lucas sur le côté déconnecté du livre et doute de la pertinence des chiffres qui viennent d’un Enquête sociale européenne. Il ajoute : « Le système politique exploite la peur en se positionnant comme un sauveur, et certains se plient devant le saint « Trump » ! Les profils de « victimes » se nourrissent des réseaux sociaux… Pour moi, c’est un comportement réfléchi et non un complot. Avant, les gens s’identifiaient à une association et s’y investissaient ; aujourd’hui, l’engagement se fait « à la carte » et non plus pour des idées ou des valeurs. Les réseaux sociaux enferment les individus. Pourtant, les humains ont besoin de faire partie d’un groupe, mais on reste dans l’entre-soi et on s’aligne souvent sur la majorité. »
Redéfinir la démocratie : l’écoute du terrain et le concept de « rétribalisation positive »
Maurine partage le fait que cette lecture l’a inspirée grâce à une réflexion philosophique : « Revenir à la base, c’est-à-dire aux gens de l’assemblée, à l’Assemblée nationale. » Elle ajoute qu’il existe encore des journalistes de terrain connectés aux citoyens, faisant ainsi allusion à l’influence de sociétés privée dans les médias et le constat est que nous ne sommes plus en démocratie.
Les politiques devraient réapprendre à s’adresser au public, apprendre une nouvelle langue plus empathique. De leur côté, les citoyens devraient interpeller plus facilement le monde politique et aller vers le gouvernement. » Pour elle, les données et les chiffres factuels ont été utiles pour prendre du recul.
Elle estime qu’il se passe beaucoup de choses constructives, portées sur le terrain par des créateurs idéalistes, mais regrette l’absence de ponts et de reliance entre ces nouvelles forces.
Pour Maurine, le mot « rétribalisation » peut être compris dans un sens positif. Les tribus autonomes sont ouvertes et vont vers l’autre. C’est un modèle de société composé de groupes de différentes tailles ; si ces structures deviennent trop grandes, on délègue trop, à l’image de notre État actuel, et la gestion redevient déconnectée du réel.
Le financement associatif en danger : l’État face à ses responsabilités
Peter accuse ensuite certains partis de fragiliser les associations en les forçant à se disputer les subventions, alors que celles-ci protègent la démocratie. Selon lui, le parti réserverait l’argent du « Green Deal » uniquement aux projets qui partagent ses idées économiques et capitalistes.
Lucas intervient : « Nous devons mettre l’État devant ses responsabilités concernant les subsides.
Aujourd’hui, si l’État se montre démissionnaire, les citoyens se rebelleront. »
Ce à quoi Maurine répond : « C’est la stratégie du choc »
Conclusion : la force du collectif et la métaphore du mycélium
Pour conclure, Lucas s’interroge : l’État peut-il se déresponsabiliser en se déchargeant sur les associations ? Peter répond que les subsides ne sont que des miettes par rapport aux capitaux accumulés par les ultra-riches, qui font d’ailleurs n’importe quoi.
Maurine rappelle enfin que l’entre-soi est complètement déconnecté de nos vrais besoins :
« Heureusement qu’ici, (aux Équipes Populaires), il existe un temps de réflexion et d’écoute mutuelle entre personnes aux valeurs différentes. Cela nous renforce dans notre communication. »« Comme le mycélium », conclut Peter.
Aujourd’hui, si l’État se montre démissionnaire, les citoyens se rebelleront. »