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Visite de la caserne Dossin à Malines

Fin mars, nous nous sommes rendus à la Caserne Dossin à Malines. Ce lieu, d’où sont partis 26 000 Juifs vers les camps d’ex­ter­mi­na­tion durant la Seconde Guerre mondiale, n’est pas un simple musée. Brique après brique, c’est un aver­tis­se­ment gravé dans le temps.

Notre démarche ne visait pas seule­ment à commé­mo­rer les victimes de la barba­rie nazie, mais à comprendre les méca­nismes sociaux et poli­tiques qui ont rendu autre­fois l’in­nom­mable possible. La Caserne Dossin nous enseigne que la Shoah n’a pas commencé par les trains de la mort. A travers 3 diffé­rents espaces : la Masse, l’An­goisse et la Mort, nous avons décou­vert que l’ini­ma­gi­nable a commencé insi­dieu­se­ment. Cela a commencé par des mots, puis progres­si­ve­ment par la peur de l’autre … et pour finir : la fabri­ca­tion d’un « bouc émis­saire ».

Le proces­sus s’est fait par étapes :

La pola­ri­sa­tion : Divi­ser la société entre « nous » et « eux ».

La déshu­ma­ni­sa­tion : Présen­ter un groupe de personnes comme une menace pour l’iden­tité ou l’éco­no­mie de la nation.

L’in­dif­fé­rence de la masse : Une majo­rité de la popu­la­tion qui laisse faire, par peur, par lassi­tude ou par habi­tude …

En obser­vant le contexte socio-poli­tique actuel et la montée en puis­sance de l’ex­trême droite en Europe et dans le monde, les paral­lèles se montrent effrayants. Les discours de haine se propagent et la figure de « l’étran­ger » et des plus précaires est à nouveau agitée comme la source de tous les maux. Les réseaux sociaux accé­lèrent aujourd’­hui cette pola­ri­sa­tion que les propa­gan­distes des années 1930 auraient rêvé d’avoir à leur dispo­si­tion.

Faire le lien avec aujourd’­hui, ce n’est pas dire que nous vivons exac­te­ment la même époque qu’en 1940. L’his­toire ne se répète jamais à l’iden­tique. Cepen­dant, les stra­té­gies de conquête du pouvoir de l’ex­trême droite contem­po­raine empruntent des chemins simi­laires :

La dédia­bo­li­sa­tion : Les mouve­ments d’ex­trême droite lissent leur discours pour paraître respec­tables et « fréquen­tables », tout en conser­vant un socle idéo­lo­gique basé sur l’ex­clu­sion.

L’ex­ploi­ta­tion des crises : Qu’elles soient écono­miques, migra­toires ou écolo­giques, les crises sont utili­sées pour géné­rer de l’an­goisse et propo­ser des solu­tions simplistes à des problèmes complexes.

La fragi­li­sa­tion des insti­tu­tions : La remise en cause de la justice, des médias, de la culture et des contre-pouvoirs.

La visite de la Caserne Dossin nous rappelle que la démo­cra­tie est un bien précieux mais fragile. Elle ne se main­tient pas toute seule ; elle dépend de la vigi­lance de ses citoyens et citoyennes.

Refu­ser l’ou­bli, ce n’est pas seule­ment pleu­rer les morts. C’est s’ar­mer intel­lec­tuel­le­ment pour iden­ti­fier les dérives auto­ri­taires dès leurs premiers signaux. C’est déve­lop­per notre esprit critique pour ne pas céder au popu­lisme et aux discours de haine.

Plus que jamais, vive l’édu­ca­tion perma­nente ! Car elle incarne ce labo­ra­toire de résis­tance vivante et vivace, où l’on apprend à décons­truire les préju­gés et à tisser de la soli­da­rité là où d’autres veulent semer la divi­sion.

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