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Cour­rier à la RTBF du Collec­tif Fagnes Pales­tine Soli­da­rité

À latten­tion de la Direc­tion de lInfor­ma­tion, du Conseil dAdmi­nis­tra­tion, des membres de la rédac­tion et des orga­ni­sa­tions syndi­cales de la RTBF 

Mesdames, Messieurs,

En tant que citoyennes et citoyens finançant le service public, nous vous adres­sons ce cour­rier pour expri­mer notre profonde indi­gna­tion face au trai­te­ment média­tique du drame pales­ti­nien sur vos ondes et vos écrans. Nous consta­tons avec gravité une dérive édito­riale qui s’ap­pa­rente à une bana­li­sa­tion des violences commises par l’État d’Is­raël et à un manque­ment systé­ma­tique aux devoirs de rigueur, d’équi­libre et de vérité.

  1. Un gommage séman­tique et une déshu­ma­ni­sa­tion

Nous dénonçons l’ef­fa­ce­ment progres­sif du mot « Pales­ti­nien » au profit de termes vagues ou pure­ment victi­maires. Nommer un peuple est un acte poli­tique et juri­dique de recon­nais­sance. En refu­sant d’iden­ti­fier préci­sé­ment les acteurs et les victimes, la RTBF parti­cipe à une déshu­ma­ni­sa­tion qui trans­forme une offen­sive mili­taire docu­men­tée en une fata­lité huma­ni­taire abstraite.

Cette approche média­tique contri­bue à une invi­si­bi­li­sa­tion de la Pales­tine dans son ensemble et de son entité cultu­relle et de sa profon­deur histo­rique, compo­sée égale­ment de la Cisjor­da­nie. En rédui­sant certaines réali­tés du terrain à la seule figure du Hamas, la RTBF efface la diver­sité d’une popu­la­tion civile (hommes, femmes, enfants, personnes âgées ou malades). Il est aussi utile de rappe­ler, à l’ins­tar du méde­cin et juif français, Rony Brau­man, que si les événe­ments du 7 octobre 2023 consti­tuent un acte terro­riste, le Hamas demeure avant tout, et ce bien avant cette date, un mouve­ment social et poli­tique ancré à Gaza.

  1. Le refus du droit inter­na­tio­nal et du terme « génocide  »

Il est inac­cep­table que le service public s’en­ferme dans une « prudence » séman­tique qui confine au déni. Alors que la Cour Inter­na­tio­nale de Justice a reconnu un risque plau­sible de géno­cide et que de nombreux experts onusiens utilisent ce terme, votre rédac­tion persiste à l’oc­cul­ter. Ce silence n’est pas de la neutra­lité ; c’est une démis­sion jour­na­lis­tique face à l’his­toire et une entrave au droit à l’in­for­ma­tion des citoyens belges.

  1. Rupture du plura­lisme et invi­si­bi­li­sa­tion des voix

Le contrat de confiance avec l’au­di­teur est rompu lorsque les intel­lec­tuels, repré­sen­tants et témoins pales­ti­niens sont les grands absents de vos plateaux. Analy­ser une situa­tion sans donner la parole à ceux qui la vivent, ou en la filtrant exclu­si­ve­ment par des experts tiers, consti­tue une partia­lité flagrante qui contre­vient à vos missions d’édu­ca­tion perma­nente.

  1. Manque­ment aux obli­ga­tions profes­sion­nelles

À la RTBF, l’His­toire semble souvent débu­ter le 7 octobre 2023, une amné­sie sélec­tive qui efface la respon­sa­bi­lité écra­sante des gouver­ne­ments israé­liens succes­sifs dans la colo­ni­sa­tion et l’op­pres­sion du peuple pales­ti­nien depuis 1948. En occul­tant cette conti­nuité histo­rique, votre trai­te­ment média­tique invi­si­bi­lise la nature même de l’État d’Is­raël, docu­menté par de nombreuses ONG inter­na­tio­nales comme étant un système d’apar­theid. Cette omis­sion est d’au­tant plus grave que le pays est actuel­le­ment dirigé par des ministres inté­gristes, dont l’idéo­lo­gie radi­cale et les déci­sions poli­tiques sont les moteurs directs de l’es­ca­lade actuelle.

Rappe­ler le contexte histo­rique et citer les rapports de l’ONU n’est pas du mili­tan­tisme, c’est le cœur de votre métier. En lissant la réalité pour ne pas frois­ser certaines sensi­bi­li­tés poli­tiques, la RTBF manque à son devoir d’im­par­tia­lité. L’équi­libre ne consiste pas à mettre sur un pied d’éga­lité l’oc­cu­pant et l’oc­cupé, mais à rappor­ter les faits avec exac­ti­tude, même lorsqu’ils sont insou­te­nables.

Nos exigences immé­diates :

  • Le retour à un lexique précis : L’uti­li­sa­tion des termes juri­diques adéquats, y compris celui de « géno­cide », confor­mé­ment aux instances inter­na­tio­nales.
  • La présence directe des voix pales­ti­niennes : Une repré­sen­ta­ti­vité équi­table dans les jour­naux télé­vi­sés et les débats de fond.
  • Une rigueur histo­rique et juri­dique : Un trai­te­ment de l’in­for­ma­tion basé sur le droit inter­na­tio­nal et non sur des pres­sions diplo­ma­tiques.

Le service public vous appar­tient autant qu’à nous, mais sa mission réside dans sa capa­cité à éclai­rer les zones d’ombre. Nous atten­dons de la RTBF qu’elle cesse d’être une spec­ta­trice sélec­tive pour rede­ve­nir un acteur de vérité.

Dans l’at­tente d’un chan­ge­ment visible et immé­diat de votre ligne édito­riale, nous vous prions d’agréer, Mesdames, Messieurs, l’ex­pres­sion de notre vigi­lance citoyenne.

Pour le Collec­tif « Fagnes Pales­tine Soli­da­rité » :

Fiorenza Boccali, Dimi­tri Coppe, Marcel Devel, Pierre Gobiet, Sébas­tien Guns, Ahmed Kabbouri, Roger Maré­chal et Shan Hsia (Coor­di­na­trice des Equipes Popu­laires à Verviers)

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