2026 : « Donner à voir ce que peut être une société qui se donne les moyens de tendre vers la justice sociale. »
Le Mouvement Ouvrier Chrétien réunissait ses organisations constitutives: Vie féminie, la JOC, la CSC, La mutualité chrétienne et les Equipes Populaires, le 15 janvier dernier à l’occasion de ses traditionnels voeux. Chaque association est intervenue avec un constat commun : le mépris du gouvernement à l’égard de la population, le « mépris de classe », notre présidente Charlotte Renouprez est intervenue lors de cette soirée. Retrouvez ici l’entièreté de son discours
Le premier mois de l’année 2026 n’est pas encore terminé qu’il est déjà difficile de tenir à jour le décompte des exclusions. La quantité de mesures prises par nos gouvernements Azur et Arizona qui vont directement appauvrir les ménages est longue, tellement longue qu’on n’aurait pas assez de cette soirée pour les énumérer.
Plus d’une centaine vont coûter directement de l’argent à des ménages qui, pour certains, n’en avaient déjà pas en suffisance pour vivre décemment.
Ces mesures, elles sont prises sous couvert de « bonne gestion budgétaire », de « nécessité de réduire les dépenses », de « rétablir l’équilibre ». Nous ne sommes pas dupes. Les écarts de richesse ne font qu’augmenter : les plus précaires sont appauvris et dans le même temps les plus nantis sont épargnés du soi-disant effort collectif.
Cette stratégie n’est ni étonnante ni nouvelle : affaiblir l’État social, les contre-pouvoirs, décrédibiliser tout ce qui crée du lien et de la solidarité chaude dans la société, et comme seule réponse proposer le privé et l’individu maître de son destin, entrepreneur de lui-même. L’usage qui est fait de la fiscalité cadre complètement avec cette vision méritocratique et individualiste imposée par nos gouvernements.
Ils utilisent la fiscalité pour récompenser « les méritants », ceux qui ont déjà bien en suffisance, et punir celles et ceux considérés comme « non » ou « moins » productifs. Tout cela au détriment du bien commun, des services publics et collectifs, de la sécurité sociale, la société dans son ensemble. Aux Equipes, on appelle ça le ruissellement de la misère. Car si le ruissellement de la richesse est un mythe, celui de la misère est bien réel. En fragilisant les protections sociales, on fragilise des personnes, puis des familles, puis des quartiers… Puis l’ensemble de la société. A fortiori quand dans le même temps les épaules les plus larges sont épargnées.
La fiscalité n’est plus vue comme un outil collectif permettant de réguler les écarts de richesse mais comme un outil de division et de mérite, injustement prélevé et injustement réparti. Elle est utilisée comme un épouvantail, détournant notre attention des vrais enjeux, des écarts de richesse qui ne font qu’augmenter. Le narratif anti-impôt n’a jamais été aussi virulent. Ne tombons pas dans le panneau. Cette dynamique est tellement puissante que même les partis progressistes adoptent parfois cette posture. Et là, nous avons un gros problème. Car ce mécanisme est essentiel et fondamentalement démocratique : c’est ce que nous décidons de mettre en commun pour vivre ensemble et nous assurer d’une sécurité collective.
S’il n’est pas étonnant pour la droite d’avoir du mal avec l’impôt, ça l’est beaucoup plus pour nos alliés de gauche, qui devraient pouvoir porter une vision positive de l’outil fiscal. Et nous constatons que ce n’est plus forcément une évidence… Aux formations politiques qui partagent nos idéaux d’égalité et de justice fiscale : de grâce, incarnez la solidarité, la redistribution, la justice à travers la fiscalité, développez un imaginaire collectif positif et émancipateur autour de celle-ci ! Car faire de la fiscalité un outil d’équité, plutôt qu’un levier de privilège, c’est restaurer la confiance collective en notre démocratie, en un état protecteur, en une société où chacun.e ait une place.
Construire du collectif et de l’esprit critique, de la solidarité chaude. Construire la lutte et l’émancipation individuelle et collective depuis notre ancrage local, dans les quartiers, dans les villes et dans les campagnes
Comme présidente d’un mouvement reconnu en éducation permanente, il m’est impossible de ne pas terminer en m’attardant un instant sur les attaques faites aux corps intermédiaires, aux acteurs du socio-culturel, à l’éducation permanente. Nous entendons que « chacun doit faire sa part ». Mais dire cela est violent en ce que (1) cela sous-entend que nous ne faisons pas « notre part ».
Or, nous faisons déjà plus que cela en travaillant à tout ce qui fait lien et liant dans la société avec des bouts de ficelle, en nourrissant et faisant grandir la démocratie et en répondant directement à des besoins individuels et collectifs mal ou non assurés par les pouvoirs publics. Et (2) renverse la charge de la responsabilité de la situation budgétaire actuelle, positionnant notre indignation face aux attaques que nous subissons comme un « refus de contribuer à l’effort collectif ». Nous serions des irresponsables.
Or, de quel effort collectif parlons-nous ? Le contre-rapport Éconosphères sur la dette publique de la Fédération Wallonie Bruxelles est très clair : il s’agit d’une rhétorique permettant de justifier politiquement les coupes budgétaires dans les secteurs clés de la société. Les difficultés budgétaires ne résultent pas de dérives des dépenses publiques mais d’un problème institutionnel auquel d’autres réponses que l’austérité budgétaire peuvent être apportées.
Pour cette année, je ne formulerai pas de souhait ou de vœux, mais bien un engagement. Celui de continuer à faire ce que nous faisons de mieux, et qui semble en déranger certains : construire du collectif et de l’esprit critique, de la solidarité chaude. Construire la lutte et l’émancipation individuelle et collective depuis notre ancrage local, dans les quartiers, dans les villes et dans les campagnes. Donner à voir ce que peut être une société qui se donne les moyens de tendre vers l’égalité, la justice sociale.
Charlotte Renouprez, présidente des Equipes Populaires
