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Retour sur l’ar­pen­tage : Rire pour résis­ter

Échanges autour de la vidéo Blast avec Swann Périssé, Guillaume Meurice et Salomé Saqué

Ce n’est pas le titre de la vidéo qui a dicté l’am­biance de notre séance, mais bien la formi­dable dyna­mique de notre groupe. Pour cette rencontre orga­ni­sée en après-midi, nous nous sommes réunis afin de vision­ner et de décor­tiquer une vidéo de Blast (sur YouTube), où croisent leurs regards la jour­na­liste Salomé Saqué et les humo­ristes Swann Périssé et Guillaume Meurice.

Ensemble, nous avons exploré une ques­tion centrale : le rire est-il un simple moyen d’ou­blier les diffi­cul­tés quoti­diennes ou consti­tue-t-il une véri­table arme de résis­tance ? À partir des témoi­gnages de la vidéo et de nos propres vécus, les parti­ci­pants ont croisé leurs points de vue au cours d’un débat riche et passion­nant. Retour sur les temps forts de cette après-midi.

L’hu­mour contre la peur : bouclier ou anes­thé­siant ?

Pour lancer la discus­sion, nous sommes partis d’une cita­tion du sati­riste améri­cain Stephen Colbert : « On ne peut pas rire et avoir peur en même temps ».

Le rire est-il un anes­thé­siant qui nous fait oublier le danger, ou un bouclier poli­tique qui donne le courage de lutter ?

Sabine a ouvert le débat en nuançant le pouvoir du rire : s’il fait bais­ser le stress, elle ne le consi­dère pas comme un moyen d’ac­tion direct dans les luttes citoyennes. Forte d’une forma­tion de clown, elle note cepen­dant un chan­ge­ment profond de posture : « Lorsque je mets mon nez rouge, je change de regard, ce qui me donne accès à une falli­cité et une manière diffé­rente d’abor­der la réalité ».

Ce concept du « masque » du clown a fait réagir le groupe. Cathe­rine a confié qu’elle l’avait long­temps porté dans son milieu profes­sion­nel pour se sentir accep­tée, avant de réali­ser qu’elle s’était peut-être effa­cée derrière lui. Plusieurs parti­ci­pants ont alors bous­culé cette idée, lui suggé­rant que ce masque avait plutôt servi de protec­tion. Une analyse vali­dée par Cathe­rine : « L’hu­mour est un excellent outil pour prendre du recul sur ses propres émotions, ce qui nous redonne une puis­sance d’agir ».

De son côté, Peter a soulevé une dérive possible : cet humour ne risque-t-il pas de créer des niches, des cercles fermés de convain­cus ? Un constat qui montre notre besoin de figures popu­laires. « Il nous faudrait un nouveau Coluche », a-t-il lancé, aussi­tôt complété par un parti­ci­pant rappe­lant que Coluche était « celui qui avait réussi à fédé­rer tous les Français ».

Médias publics et limites de la satire : qui doit juger ?

À travers l’ex­pé­rience de Guillaume Meurice et de son licen­cie­ment de la radio publique, nous sommes entrés dans le vif du sujet : où doit s’ar­rê­ter la liberté d’un humo­riste payé par l’État ? Qu’est-ce qu’une blague de mauvais goût ? Et si elle doit être jugée, par qui ?

Pour Nadine, la réponse est entière : « Tout est une ques­tion de point de vue, c’est person­nel ! Comme l’avor­te­ment, nous sommes libres de nos corps. L’hu­mour n’est pas là pour rassem­bler, c’est une percep­tion ». Elle s’inquiète d’ailleurs de voir le pouvoir poli­tique vouloir faire taire ces « boucliers sociaux ». Nadine arti­cule ici son propos en écho direct à Swann Périssé, qui aborde sans tabou son propre avor­te­ment dans la vidéo de Blast pour illus­trer que l’hu­mour poli­tique touche à l’in­time, aux corps et aux liber­tés fonda­men­tales, et qu’il n’a donc pas voca­tion à lisser les angles pour faire l’una­ni­mité.

Sabine abonde : pour être tota­le­ment libre, un humo­riste ne devrait pas dépendre finan­ciè­re­ment de l’État. Elle pointe du doigt les insti­tu­tions et certains médias qui imposent un cadre trop rigide, alors que l’hu­mour de Swann Périssé s’amuse préci­sé­ment à dénon­cer les caté­go­ries surre­pré­sen­tées. « J’ai envie de me fier plus à l’hu­mour qui souligne la vérité », ajoute-t-elle, face à un discours poli­tique souvent trop consen­suel ou « enrobé ».

Mais alors, qui est le juge ? L’au­di­mat, a suggéré un parti­ci­pant. Si les années 60 avaient leur comité de censure — qui a échoué faute d’échelle précise —, le danger aujourd’­hui réside plutôt dans le trai­te­ment de l’in­for­ma­tion par les grands médias. Peter aver­tit : « Les médias sont une loupe qui crée des surre­pré­sen­ta­tions, et l’ex­trême droite l’uti­lise beau­coup ».

Humour et mili­tan­tisme : s’éman­ci­per ou diver­tir ?

Quand Swann Périssé utilise la déri­sion pour résis­ter au fascisme, endosse-t-elle une respon­sa­bi­lité poli­tique ? Comment le mili­tan­tisme s’em­pare-t-il de l’hu­mour ?
Pour faire bouger les lignes, il faut oser s’ex­po­ser. « Il faut oser s’ex­pri­mer et l’as­su­mer devant ce qui nous semble into­lé­rable », affirme Nadine. Un avis partagé par Cathe­rine : « Il faut accep­ter que l’on va heur­ter quelqu’un de toute façon. On ne peut pas plaire à tout le monde ». Elle rappelle l’im­por­tance de penser en tant qu’in­di­vi­dus uniques plutôt qu’à travers l’es­prit de groupe.
Pour­tant, le piège du mili­tan­tisme par le rire existe. Peter souligne le double tran­chant de la « joie mili­tante » qui, parfois, isole du reste de la société : « Nous risquons de rester coin­cés dans l’entre-soi ». Pour proté­ger l’hu­mour et éviter qu’il ne devienne une cible poli­tique, Nadine plaide pour qu’il reste avant tout un diver­tis­se­ment. Une vision contes­tée par Sabine, pour qui l’hu­mour doit dépas­ser ce stade : « L’hu­mour crée du lien, il fait réflé­chir (comme à Radio Nova qui ouvre la parole). Cela nous aide à retrou­ver notre huma­nité ».

En conclu­sion : rira bien qui rira ensemble

Aujourd’­hui, même les respon­sables poli­tiques (comme Georges-Louis Bouchez) utilisent parfois l’hu­mour comme un trem­plin de commu­ni­ca­tion, selon la logique : « Tant qu’on parle de moi, c’est l’es­sen­tiel ». Mais la véri­table conclu­sion de notre après-midi d’ar­pen­tage est bien plus collec­tive et humaine : pour rire, il faut être au mini­mum deux.

Un grand merci à toutes et tous pour votre écoute, votre esprit critique et vos éclats de rire parta­gés.

La boîte à idées du groupe (Les humo­ristes cités) :
Pour prolon­ger la réflexion ou simple­ment passer un bon moment, voici les artistes parta­gés par les parti­ci­pants lors de notre rencontre :

  • La nouvelle géné­ra­tion : Romain Frays­si­net, Haroun, Guillaume vous détend, Fred­man, Antoine Donneaux, Elodie Poux, Nico­las Wime­reux.
  • Les clas­siques de la scène et de la satire : Coluche, François Pirette, Élie Semoun, Gad Elma­leh.

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