L’écologie populaire en action : Un Mouvement qui dit et qui fait
D’ici quelques mois, aura lieu un événement important pour notre Mouvement : le Congrès ! Journée d’échanges, de rencontres, de débats, de convivialité, de réflexion, mais aussi journée d’élections : le programme sera bien rempli ! Nous nous pencherons entre autres sur nos orientations et déciderons ensemble si nous souhaitons y ajouter une référence à l’écologie populaire.
Au Congrès 2023, nous avions débattu de ce que ces deux mots mis ensemble signifient pour nous. Nous avions aussi décidé d’entamer un chemin vers le Congrès 2026 pour explorer plus en profondeur les questions que pose l’écologie populaire, identifier là où elle est déjà mise en pratique – souvent de manière inconsciente – et expliciter concrètement le lien entre ce qui se vit et se fait dans nos groupes et projets et l’écologie populaire.
C’est dire et faire
De fait, c’est à partir de nos groupes, projets, actions de terrain, thématiques, que la dynamique écologie populaire se vit. Elle se réalise dans le concret et le quotidien de nos groupes et projets. C’est une manière de faire et de dire, transversale à l’ensemble de nos combats – un peu comme la triple domination, pour les familiers du concept, qui est aussi dans nos orientations.
C’est dire : plus jamais d’écologie sans nous ! La question écologique doit se résoudre en partant de la question sociale. C’est adresser au monde politique et à l’extérieur de notre Mouvement un message : oui, le changement climatique nous préoccupe.
Mais non, nous n’avons pas les moyens d’une écologie des petits gestes. Nous voulons une écologie qui prenne le problème à la racine et qui se préoccupe de la lutte pour l’égalité. C’est dire aussi que le combat social est de facto un combat écologique, car il intègre déjà les limites planétaires : lutter contre la pauvreté, pour un logement décent et une baisse des loyers, pour moins de numérique dans nos vies, pour un accès à l’alimentation saine pour toutes et tous, pour une utilisation plus raisonnable des ressources et un meilleur partage de celles-ci, etc., ce sont aussi des combats écologiques.
C’est aussi faire. Faire des potagers collectifs, organiser des repair cafés, réhabiliter des espaces publics, tricoter et coudre ensemble, réapprendre à cuisiner certains aliments… Je vous propose un tour de nos groupes et projets, pour voir ensemble comment concrètement ce faire et ce dire se concrétisent sur le terrain.
Consommer et se nourrir au quotidien

Difficile de choisir parmi les nombreux groupes et projets réunis autour de l’alimentation et la consommation. À Liège, c’est la sécurité sociale de l’alimentation qui est en train d’être réfléchie. Ici, les participants sont en plein dans l’écologie populaire : le point de départ est la question sociale (accéder à une alimentation saine, locale, de saison…) et la réponse est collective (par la mise en place d’une caisse de solidarité et un dispositif similaire à la sécurité sociale que nous connaissons) et écologique (aliments locaux issus de l’agriculture durable, etc.). En répondant à l’enjeu social, le groupe répond à l’enjeu écologique. Autre exemple, le groupe Viv®e la transition à Philippeville : ce projet rassemble des citoyens rêvant d’un monde vivable pour tous, plus égalitaire, avec une meilleure répartition des richesses. Il souhaite se diriger vers des pratiques non consuméristes, de faire soi-même, de faire ensemble. Pointons aussi l’ensemble du microcosme autour de Baudour (Hainaut Centre) et la maison des Solidar’cités, avec son repair café et son jardin partagé.
Participer à la vie démocratique
Partons à Charleroi avec l’Alliance Citoyenne de Châtelet-Bouffioulx. Le groupe s’est organisé autour des nuisances sonores causées par le ring tout proche. Ce combat pour améliorer leur environnement de vie a permis aux habitants de s’approprier leur
quartier et d’y diminuer les pollutions sonores, ce qui a eu par ricochet un impact positif sur le quartier en général, la faune et la flore, etc. Il a aussi mis en lumière un élément central : les quartiers populaires sont parfois des oubliés des politiques publiques. Or, les pollutions sonores sont des pollutions au même titre que d’autres pollutions ! Faire de l’écologie populaire, c’est aussi cela : revendiquer le droit à un environnement et un cadre de vie sain et agréable, pour toutes et tous.
Vivre ensemble

Plusieurs régionales sont actives dans la campagne « Communes Hospitalières », dont celle du Brabant wallon à Nivelles. Le lien entre le changement climatique et les migrations y est mis en évidence, de même que la nécessité de partir des besoins des
personnes migrantes. Autre exemple, « la Chant Barde » verviétoise, qui a investi son énergie sur plusieurs thématiques dont les marches pour le climat et la biodiversité. Elle utilise le chant et des ateliers créatifs pour susciter le questionnement auprès
de jeunes et moins jeunes, favoriser l’envie de participer à des marches citoyennes. Le groupe est en plein dans le lien entre les problématiques sociales et environnementales.
Défendre les droits sociaux
Retour sur Charleroi-Thuin avec le groupe de Charleroi, qui a pris un temps pour se questionner sur les droits des migrants. Ils ont rencontré un travailleur du MOC en charge de cette question. Tous s’indignent des conditions d’accueil et d’accès au territoire pour les familles qui fuient la pauvreté, la guerre, les problèmes de climat. Ensemble ils ont mis des mots sur les liens entre la question sociale et la question climatique, la nécessité d’y répondre collectivement.
Habiter

Ici encore les groupes et projets qui s’inscrivent dans le cadre de l’écologie populaire sont nombreux. Citons les marches du vide à Tournai (Hainaut occidental) et au Luxembourg ou encore les Colibris du logement à Verviers. Pour les premiers, le lien se situe notamment autour de l’emprise sur le sol : habiter tous les logements vides permettrait de diminuer le besoin en logements, donc le besoin en construction de logements neufs, donc préserverait des espaces verts non construits. Par ailleurs, les marches du vide mettent en lumière la spéculation immobilière qui produit ce vide et alimente la hausse des loyers, donc le mal-logement.
Lutter contre les logements vides, c’est à la fois social et écologique ! Le groupe des Colibris du logement met en lumière un autre aspect, celui du lien entre la précarité et la vulnérabilité face aux inondations. Les logements situés en zones inondables sont moins chers, ce sont donc des personnes en général moins nanties qui y habitent. Ces ménages ont aussi moins les moyens de se relever quand ils vivent une catastrophe telle que les inondations. Or, ces dernières vont potentiellement arriver plus souvent avec le changement climatique. Lutter contre la marchandisation du logement, c’est s’assurer que les ménages précarisés ne soient plus relégués dans les zones inondables, moins chères mais aussi moins sécurisées. Lutter contre le changement climatique, c’est protéger ces ménages des inondations.
Maîtriser le numérique

Aux Gâchettes du Numérique à Bruxelles, les préoccupations des ressources naturelles nécessaires au numérique surgissent régulièrement dans les discussions. Si la porte d’entrée du groupe est l’impact du numérique sur la vie quotidienne en général et plus
particulièrement sur l’accès aux droits sociaux et aux services essentiels, les matériaux qui composent les ordinateurs ou encore l’énergie nécessaire au stockage de données ne sont jamais très loin. Ici aussi, les préoccupations sont liées, et la manière d’y répondre doit partir des besoins sociaux.
Charlotte Renouprez, présidente