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[REVUE] Multi­plier les résis­tances anti­fas­cistes

Le monstre est-il acajou, rouille ou noisette ?

Guillaume Lohest

On peut toujours se dispu­­­­­­­­­ter.

D’abord à propos des étiquettes. Faut-il aujourd’­­­­­­­­­hui parler de fascisme aux USA ? Cela commence à deve­­­­­­­­­nir de plus en plus clair, mais certains rechignent encore à nommer les choses. En Europe ? C’est déjà plus contrasté. Et en Belgique ? Oui, diront quelques mili­­­­­­­­­tants, le fascisme est déjà là. Non, répon­­­­­­­­­dront la majo­­­­­­­­­rité des autres, il y a de nombreux éléments inquié­­­­­­­­­tants mais on ne peut pas ranger la droite néoli­­­­­­­­­bé­­­­­­­­­rale et le fascisme dans le même sac. Débats, polé­­­­­­­­­miques, rancoeurs. Et pendant ce temps…

Admet­­­­­­­­­tons qu’on mette les polé­­­­­­­­­miques de défi­­­­­­­­­ni­­­­­­­­­tion de côté, et qu’on se décide à agir. On va encore se dispu­­­­­­­­­ter. « Ce qu’il faut, c’est être radi­­­­­­­­­cal ! ». Mais d’autres points de vue surgissent aussi­­­­­­­­­tôt. « Il faut être rassem­­­­­­­­­bleur, ne pas effrayer les gens ». Ou encore : « le plus impor­­­­­­­­­tant c’est de susci­­­­­­­­­ter l’es­­­­­­­­­poir avec un vrai programme alter­­­­­­­­­na­­­­­­­­­tif ». Débats, polé­­­­­­­­­miques, rancoeurs. Et pendant ce temps…

L’ac­­­­­­­­­tua­­­­­­­­­lité s’en mêle. Un fasciste meurt quelque part en France. L’an­­­­­­­­­ti­­­­­­­­­fas­­­­­­­­­cisme est pointé du doigt dans certains médias. À nouveau, on va pouvoir se dispu­­­­­­­­­ter. « C’est un mort de trop », aucune mort n’est justi­­­­­­­­­fiable, « main­­­­­­­­­te­­­­­­­­­nant il va falloir passer son temps à expliquer que l’an­­­­­­­­­ti­­­­­­­­­fas­­­­­­­­­cisme, ce n’est pas cela… ». Le degré de violence et de radi­­­­­­­­­ca­­­­­­­­­lité divise et sème le doute. Débats, polé­­­­­­­­­miques, rancoeurs. Et pendant ce temps…

On peut toujours se dispu­­­­­­­­­ter.

Le parti pris de ce numéro, qui est aussi celui de ce maga­­­­­­­­­zine en géné­­­­­­­­­ral, est de
refu­­­­­­­­­ser de jouer le jeu du purisme mili­­­­­­­­­tant et des querelles dogma­­­­­­­­­tiques de chapelle,
de stra­­­­­­­­­té­­­­­­­­­gie, d’idéo­­­­­­­­­lo­­­­­­­­­gie, de géné­­­­­­­­­ra­­­­­­­­­tion, d’iden­­­­­­­­­tité. Qu’on nomme le danger « fascisme », « extrême droite » ou « dicta­­­­­­­­­ture », qu’on estime qu’il soit déjà là ou
pas encore là, ou presque là, chacun a des raisons profondes de vouloir faire valoir
ses analyses. Mais allons-nous vrai­­­­­­­­­ment tomber dans ce piège, allons-nous nous dispu­­­­­­­­­ter pour savoir si le monstre est brun clair, brun foncé, marron, kaki, rouille, acajou, noisette ? Pour savoir si sa première patte est déjà dans la flaque de boue ou juste à côté ?

L’ana­­­­­­­­­lyse, la théo­­­­­­­­­rie, l’his­­­­­­­­­toire, les idées sont essen­­­­­­­­­tielles et il est toujours bien­­­­­­­­­venu
de s’aven­­­­­­­­­tu­­­­­­­­­rer dans la connais­­­­­­­­­sance et dans l’ac­­­­­­­­­tion en profon­­­­­­­­­deur et avec préci­­­­­­­­­sion. Mais personne n’a jamais demandé aux résis­­­­­­­­­tantes et aux résis­­­­­­­­­tants de toutes les sombres époques de se mettre d’ac­­­­­­­­­cord et de résis­­­­­­­­­ter de la même façon. Au contraire. Des convic­­­­­­­­­tions diffé­­­­­­­­­rentes peuvent s’ar­­­­­­­­­ti­­­­­­­­­cu­­­­­­­­­ler. Puisqu’on a affaire à un monstre qui s’adapte et qui change : multi­­­­­­­­­plions les résis­­­­­­­­­tances anti­­­­­­­­­fas­­­­­­­­­cistes. Que la force soit avec vous.

Consul­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­tez le dossier en ligne : Multi­­­­­­­plier les résis­­­­­­­tances anti­­­­­­­fas­­­­­­­cistes (Contrastes Mars-Avril 2026) – Les Équipes Popu­­­­­­­laires

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