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La campagne « Préca­rité : à qui le tour ? » en 10 ques­tions

La campagne 2026, dont nous vous parlions dans le précé­dent numéro de la Four­­­­­­­­­­­­­­­mi­­­­­­­­­­­­­­­lière, est offi­­­­­­­­­­­­­­­ciel­­­­­­­­­­­­­­­le­­­­­­­­­­­­­­­ment lancée ! Nous sommes allés à la rencontre des gens à Malmedy, Verviers, Huy, Namur… avec notre stand « pêche aux canards », pour rappe­­­­­­­­­­­­­­­ler que la soli­­­­­­­­­­­­­­­da­­­­­­­­­­­­­­­rité est impor­­­­­­­­­­­­­­­tante et qu’on est tous dans le même bain à part les quelques plus riches. Pour mieux comprendre nos actions, voici tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la campagne sans oser le deman­­­­­­­­­­­­­­­der !

1. C’est quoi ce slogan, « à qui le tour ? »

La préca­­­­­­­­­­­­­rité peut toucher des personnes qui ne se consi­­­­­­­­­­­­­dèrent pas aujourd’­­­­­­­­­­­­­hui comme précaires. Une perte d’em­­­­­­­­­­­­­ploi, une mala­­­­­­­­­­­­­die, une sépa­­­­­­­­­­­­­ra­­­­­­­­­­­­­tion, une hausse du loyer ou une déci­­­­­­­­­­­­­sion admi­­­­­­­­­­­­­nis­­­­­­­­­­­­­tra­­­­­­­­­­­­­tive peuvent rapi­­­­­­­­­­­­­de­­­­­­­­­­­­­ment fragi­­­­­­­­­­­­­li­­­­­­­­­­­­­ser une situa­­­­­­­­­­­­­tion jusque-là stable, puisque les aides et les soutiens étatiques sont de moins en moins nombreux. En effet, les déci­­­­­­­­­­­­­sions actuelles (augmen­­­­­­­­­­­­­ta­­­­­­­­­­­­­tion du miner­­­­­­­­­­­­­val, des abon­­­­­­­­­­­­­ne­­­­­­­­­­­­­ments de bus, limi­­­­­­­­­­­­­ta­­­­­­­­­­­­­tion des allo­­­­­­­­­­­­­ca­­­­­­­­­­­­­tions de chôma­­­­­­­­­­­­­ge…) pèsent lour­­­­­­­­­­­­­de­­­­­­­­­­­­­ment sur les budgets fami­­­­­­­­­­­­­liaux.
Les poli­­­­­­­­­­­­­tiques actuelles ne réduisent pas la pauvreté : elles la fabriquent. La campagne ne dit pas que tout le monde va deve­­­­­­­­­­­­­nir pauvre, mais que nous ne sommes pas tous égale­­­­­­­­­­­­­ment proté­­­­­­­­­­­­­gés contre les acci­­­­­­­­­­­­­dents de la vie.

2. Pourquoi une pêche aux canards ?

Les canards repré­­­­­­­­­­­­­sentent les personnes qui essaient de rester à flot. Ils semblent tous avan­­­­­­­­­­­­­cer ensemble, mais chacun porte un crochet invi­­­­­­­­­­­­­sible qui peut être attrapé à tout moment. La pauvreté n’est pas une suite de déci­­­­­­­­­­­­­sions indi­­­­­­­­­­­­­vi­­­­­­­­­­­­­duelles. Le crochet repré­­­­­­­­­­­­­sente les méca­­­­­­­­­­­­­nismes qui peuvent nous fragi­­­­­­­­­­­­­li­­­­­­­­­­­­­ser : perte de reve­­­­­­­­­­­­­nus, mala­­­­­­­­­­­­­die, sépa­­­­­­­­­­­­­ra­­­­­­­­­­­­­tion, emploi instable, hausse des dépenses, perte de droits ou déci­­­­­­­­­­­­­sion admi­­­­­­­­­­­­­nis­­­­­­­­­­­­­tra­­­­­­­­­­­­­tive. Il repré­­­­­­­­­­­­­sente aussi les caté­­­­­­­­­­­­­go­­­­­­­­­­­­­ries dans lesquelles on enferme les personnes : trop jeune, trop vieux, trop malade, pas assez dispo­­­­­­­­­­­­­nible, pas assez mobile, etc.

3. Pourquoi dites-vous que nous sommes tous dans le même bain ?

Parce que nous sommes tous expo­­­­­­­­­­­­­sés, à des degrés diffé­­­­­­­­­­­­­rents, aux aléas de la vie et aux déci­­­­­­­­­­­­­sions qui fragi­­­­­­­­­­­­­lisent les protec­­­­­­­­­­­­­tions sociales. Une mesure peut nous déséqui­­­­­­­­­­­­­li­­­­­­­­­­­­­brer et nous faire « boire la tasse ». Aidants proches, ensei­­­­­­­­­­­­­gnants, personnes malades de longue durée, étudiants, parents solos, cher­­­­­­­­­­­­­cheurs d’em­­­­­­­­­­­­­ploi ou futurs pension­­­­­­­­­­­­­nés.

4. Mais si on travaille et qu’on fait atten­­­­­­­­­­­­­tion, on ne risque rien, non ?

Pas forcé­­­­­­­­­­­­­ment. On peut faire de son mieux et quand même être rattrapé par une diffi­­­­­­­­­­­­­culté. La préca­­­­­­­­­­­­­rité ne résulte pas toujours d’er­­­­­­­­­­­­­reurs indi­­­­­­­­­­­­­vi­­­­­­­­­­­­­duelles. Les emplois mal rému­­­­­­­­­­­­­né­­­­­­­­­­­­­rés, les temps partiels impo­­­­­­­­­­­­­sés, les problèmes de santé, les respon­­­­­­­­­­­­­sa­­­­­­­­­­­­­bi­­­­­­­­­­­­­li­­­­­­­­­­­­­tés fami­­­­­­­­­­­­­liales, les discri­­­­­­­­­­­­­mi­­­­­­­­­­­­­na­­­­­­­­­­­­­tions ou encore le coût du loge­­­­­­­­­­­­­ment et de l’éner­­­­­­­­­­­­­gie peuvent limi­­­­­­­­­­­­­ter forte­­­­­­­­­­­­­ment les marges de manoeuvre. À moins d’être super riche, personne n’est réel­­­­­­­­­­­­­le­­­­­­­­­­­­­ment à l’abri. Une perte de reve­­­­­­­­­­­­­nus peut rendre plus diffi­­­­­­­­­­­­­cile le paie­­­­­­­­­­­­­ment du loge­­­­­­­­­­­­­ment, puis entraî­­­­­­­­­­­­­ner des dettes, affec­­­­­­­­­­­­­ter la santé ou la vie fami­­­­­­­­­­­­­liale.

5. Quel rapport avec le ruis­­­­­­­­­­­­­sel­­­­­­­­­­­­­le­­­­­­­­­­­­­ment de la richesse ?

On nous dit que la richesse des plus fortu­­­­­­­­­­­­­nés fini­­­­­­­­­­­­­rait par profi­­­­­­­­­­­­­ter à tout le monde. La campagne affirme au contraire que la pauvreté, elle, peut réel­­­­­­­­­­­­­le­­­­­­­­­­­­­ment se propa­­­­­­­­­­­­­ger : d’une personne à sa famille, puis au quar­­­­­­­­­­­­­tier et à la collec­­­­­­­­­­­­­ti­­­­­­­­­­­­­vité. Une situa­­­­­­­­­­­­­tion de pauvreté ne touche pas unique­­­­­­­­­­­­­ment la personne concer­­­­­­­­­­­­­née. Elle peut avoir des consé­quences sur sa famille, son quar­­­­­­­­­­­­­tier, les commerces, les services publics et, plus large­­­­­­­­­­­­­ment, sur la société et l’éco­­­­­­­­­­­­­no­­­­­­­­­­­­­mie locale.

6. Pourquoi dites-vous qu’on ne flotte pas mieux si les autres coulent ?

Parce que reti­­­­­­­­­­­­­rer des droits à une autre personne ne rend pas notre propre situa­­­­­­­­­­­­­tion plus sûre. Une personne ne vivra pas mieux parce que son voisin perd son allo­­­­­­­­­­­­­ca­­­­­­­­­­­­­tion, qu’une famille est expul­­­­­­­­­­­­­sée ou qu’un service public ferme. La préca­­­­­­­­­­­­­rité ne doit pas mettre les personnes en concur­­­­­­­­­­­­­rence. Nous vivons dans une société où il y a assez à manger pour tout le monde, est-ce normal que certaines aient faim ?

7. Pourquoi parlez-vous de boucs émis­­­­­­­­­­­­­saires ?

Dans les périodes de restric­­­­­­­­­­­­­tion, certains groupes (deman­­­­­­­­­­­­­deurs d’em­­­­­­­­­­­­­ploi, personnes malades, étran­­­­­­­­­­­­­gers, allo­­­­­­­­­­­­­ca­­­­­­­­­­­­­taires sociaux, travailleurs précai­­­­­­­­­­­­­res…) sont parfois présen­­­­­­­­­­­­­tés comme respon­­­­­­­­­­­­­sables des diffi­­­­­­­­­­­­­cul­­­­­­­­­­­­­tés. Cela divise les personnes au lieu de ques­­­­­­­­­­­­­tion­­­­­­­­­­­­­ner les méca­­­­­­­­­­­­­nismes qui produisent la préca­­­­­­­­­­­­­rité.

8. La pauvreté n’est pas une respon­­­­­­­­­­­­­sa­­­­­­­­­­­­­bi­­­­­­­­­­­­­lité indi­­­­­­­­­­­­­vi­­­­­­­­­­­­­duelle ?

La campagne veut juste­­­­­­­­­­­­­ment dépas­­­­­­­­­­­­­ser cette expli­­­­­­­­­­­­­ca­­­­­­­­­­­­­tion. Les choix indi­­­­­­­­­­­­­vi­­­­­­­­­­­­­duels comptent, mais ils se font dans un contexte : niveau des salaires, condi­­­­­­­­­­­­­tions de travail, coût du loge­­­­­­­­­­­­­ment, santé, discri­­­­­­­­­­­­­mi­­­­­­­­­­­­­na­­­­­­­­­­­­­tions, respon­­­­­­­­­­­­­sa­­­­­­­­­­­­­bi­­­­­­­­­­­­­li­­­­­­­­­­­­­tés fami­­­­­­­­­­­­­liales, accès aux droits, réseau fami­­­­­­­­­­­­­lial ou d’amis pour nous soute­­­­­­­­­­­­­nir, connais­­­­­­­­­­­­­sance de la légis­­­­­­­­­­­­­la­­­­­­­­­­­­­tion et compé­­­­­­­­­­­­­tences numé­­­­­­­­­­­­­riques pour accé­­­­­­­­­­­­­der à ses droits… Est-ce qu’une personne peut réel­­­­­­­­­­­­­le­­­­­­­­­­­­­ment choi­­­­­­­­­­­­­sir libre­­­­­­­­­­­­­ment quand ses marges de manœuvre sont très limi­­­­­­­­­­­­­tées ? Les protec­­­­­­­­­­­­­tions sociales, ce n’est pas seule­­­­­­­­­­­­­ment aider les autres : c’est aussi se proté­­­­­­­­­­­­­ger collec­­­­­­­­­­­­­ti­­­­­­­­­­­­­ve­­­­­­­­­­­­­ment contre les risques de la vie.

9. Vous êtes contre les écono­­­­­­­­­­­­­mies budgé­­­­­­­­­­­­­taires ?

Il y a de l’argent, tout dépend comment et surtout à qui on le redis­­­­­­­­­­­­­tri­­­­­­­­­­­­­bue et quels béné­­­­­­­­­­­­­fices en retire la popu­­­­­­­­­­­­­la­­­­­­­­­­­­­tion et la société dans son ensemble. Le gouver­­­­­­­­­­­­­ne­­­­­­­­­­­­­ment pense que c’est aux plus dému­­­­­­­­­­­­­nis et aux classes moyennes de régler la note avec au passage une dimi­­­­­­­­­­­­­nu­­­­­­­­­­­­­tion de la qualité de vie comme l’ac­­­­­­­­­­­­­cès à des soins de qualité par exemple. Nous, nous voulons que les plus riches payent la note : nous propo­­­­­­­­­­­­­sons de taxer les grosses fortunes et que l’on prenne en compte l’en­­­­­­­­­­­­­tiè­­­­­­­­­­­­­reté des reve­­­­­­­­­­­­­nus et des biens d’un ménage et pas seule­­­­­­­­­­­­­ment les reve­­­­­­­­­­­­­nus du travail comme c’est le cas aujourd’­­­­­­­­­­­­­hui.

10. Qu’est-ce que vous propo­­­­­­­­­­­­­sez alors ?

La campagne ouvre plusieurs pistes : mieux répar­­­­­­­­­­­­­tir les richesses, réduire collec­­­­­­­­­­­­­ti­­­­­­­­­­­­­ve­­­­­­­ ment le temps de travail sans perte de salaire, renfor­­­­­­­­­­­­­cer une sécu­­­­­­­­­­­­­rité sociale qui intègre les enjeux écolo­­­­­­­­­­­­­giques et réin­­­­­­­­­­­­­ves­­­­­­­­­­­­­tir dans les services publics et les liens collec­­­­­­­­­­­­­tifs. Un autre élément, c’est qu’on sait aujourd’­­­­­­­­­­­­­hui que même quand on est surdi­­­­­­­­­­­­­plômé, il n’y a pas assez de travail décent pour tout le monde. Nous propo­­­­­­­­­­­­­sons un partage du temps de travail avec main­­­­­­­­­­­­­tien du salaire, ce qui donnera du temps de travail à d’autres et de manière géné­­­­­­­­­­­­­rale, une meilleure qualité de vie pour tous étant donné qu’on récu­­­­­­­­­­­­­père du temps pour faire d’autres choses. La vie est courte, la vie ce n’est pas que le travail, le travail est un levier pour vivre mais on ne vit pas pour travailler : tout le monde voudrait avoir plus de temps pour sa famille, ses amis et tout ce qui fait nos aspi­­­­­­­­­­­­­ra­­­­­­­­­­­­­tions.

Témoi­­­gnages

Nombreuses sont les personnes que nous avons rencon­­­­­­­trées sur le terrain qui nous partagent leur colère, leurs craintes par rapport à un avenir, un présent qui devient de plus en plus fragile, incer­­­­­­­tain. L’in­­­­­­­ten­­­­­­­si­­­­­­­fi­­­­­­­ca­­­­­­­tion des mobi­­­­­­­li­­­­­­­sa­­­­­­­tions en témoigne.

Didier, de Chapelle-lez-Herlai­­­­­­­mont, constate que la préca­­­­­­­rité touche de plus en plus la popu­­­­­­­la­­­­­­­tion belge :

« Je vois les files s’al­­­­­­­lon­­­­­­­ger devant les donne­­­­­­­ries qui distri­­­­­­­buent
nour­­­­­­­ri­­­­­­­ture, vête­­­­­­­ments, meubles et produits de première néces­­­­­­­sité, parfois sur un kilo­­­­­­­mètre ! Les déci­­­­­­­sions poli­­­­­­­tiques tendent à suppri­­­­­­­mer la classe moyenne, bien­­­­­­­tôt il n’y aura plus que les nantis et les pauvres. »

Cette préca­­­­­­­rité touche aussi celles et ceux qui travaillent. Arnaud témoigne :

« Avant, on travaillait pour vivre et pas pour survivre. Main­­­­­­­te­­­­­­­nant, même le travail, c’est pour survivre. Avec la hausse du coût de la nour­­­­­­­ri­­­­­­­ture et de l’éner­­­­­­­gie, il faut tout comp­­­­­­­ter. On n’a pas toujours l’argent néces­­­­­­­saire pour se soigner. »

Et derrière les exclus du chômage, il y a des parcours de vie. Patri­­­­­­­cia, 55 ans, a travaillé deux ans en CDD avant que le CDI qui lui avait été promis ne se concré­­­­­­­tise pas. Aujourd’­­­­­­­hui, retrou­­­­­­­ver un emploi est diffi­­­­­­­cile :

« Je me sens mal dans cette situa­­­­­­­tion. J’ai toujours travaillé et main­­­­­­­te­­­­­­­nant je me sens critiquée parce que je n’ai pas de travail alors que j’en voudrais un. »

Sophie, 61 ans, a, elle aussi, connu le licen­­­­­­­cie­­­­­­­ment après la ferme­­­­­­­ture de son entre­­­­­­­prise.

« La menace de me retrou­­­­­­­ver au CPAS après deux ans d’al­­­­­­­lo­­­­­­­ca­­­­­­­tions de chômage est une épée de Damo­­­­­­­clès au-dessus de ma tête, c’est diffi­­­­­­­cile au quoti­­­­­­­dien. »

Ces témoi­­­­­­­gnages rappellent une chose essen­­­­­­­tielle : la préca­­­­­­­rité peut toucher des personnes qui, hier encore, pensaient être à l’abri. Lucas, en situa­­­­­­­tion de handi­­­­­­­cap, nous parle ainsi de la diffi­­­­­­­culté à trou­­­­­­­ver un emploi :

« Je fais beau­­­­­­­coup de béné­­­­­­­vo­­­­­­­lat dans des asso­­­­­­­cia­­­­­­­tions, mais j’ai le senti­­­­­­­ment que cela « ne compte pas », comme si mon enga­­­­­­­ge­­­­­­­ment était insi­­­­­­­gni­­­­­­­fiant. Je m’inquiète déjà pour ma pension. »

La pres­­­­­­­sion touche égale­­­­­­­ment les personnes qui accom­­­­­­­pagnent les plus précaires. Une travailleuse de CPAS nous explique :

« Nous sommes submer­­­­­­­gés de travail, sans être outillés et conve­­­­­­­na­­­­­­­ble­­­­­­­ment infor­­­­­­­més. »

Et la préca­­­­­­­rité ne se limite pas au travail ou au revenu. Marie, 70 ans, nous raconte que sa chorale risque de perdre son soutien public à la suite des coupes dans le budget de la culture. Une acti­­­­­­­vité cultu­­­­­­­relle, un lieu de rencontre, un espace collec­­­­­­­tif peuvent eux aussi deve­­­­­­­nir fragiles. Dans la rue, ces inquié­­­­­­­tudes prennent parfois la forme de phrases brutes :

« Tout le monde est touché, sauf eux, hein ! », « L’éga­­­­­­­lité des chances, ça n’existe pas », « Il n’y a pas assez de travail pour tout le monde », « Moi je suis à la rue, ça peut arri­­­­­­­ver à tout le monde. »

Car derrière le discours sur les « chômeurs profi­­­­­­­teurs », il y a des personnes qui cherchent réel­­­­­­­le­­­­­­­ment à travailler. Romain, 24 ans, envoie des centaines de candi­­­­­­­da­­­­­­­tures, y compris dans des métiers en pénu­­­­­­­rie, mais se heurte toujours au même obstacle :

« Pas assez d’ex­­­­­­­pé­­­­­­­rience. »

Patri­­­­­­­cia, 57 ans, en pleurs, raconte quant à elle son épui­­­­­­­se­­­­­­­ment face aux refus succes­­­­­­­sifs :

« Je veux travailler ! Mais cette société refuse d’in­­­­­­­clure les gens. »

Aujourd’­­­­­­­hui, beau­­­­­­­coup ont le senti­­­­­­­ment que cette soli­­­­­­­da­­­­­­­rité s’ef­­­­­­­frite.

Divi­­­­­­­ser pour mieux régner, c’est leur stra­­­­­­­té­­­­­­­gie. Mais il ne faut pas tomber dans le panneau, nous dit une personne rencon­­­­­­­trée à Verviers.

Giusep­­­­­­­pina, 63 ans, regrette juste­­­­­­­ment « qu’il n’y ait plus d’écoute, de commu­­­­­­­ni­­­­­­­ca­­­­­­­tion entre les gens ». Elle ajoute :

« Certaines personnes ont beau­­­­­­­coup de problèmes et ont vrai­­­­­­­ment besoin de la soli­­­­­­­da­­­­­­­rité. »

Derrière toutes ces voix, il y a une même aspi­­­­­­­ra­­­­­­­tion : pouvoir travailler, se soigner, vieillir, se culti­­­­­­­ver et parti­­­­­­­ci­­­­­­­per à la société sans avoir constam­­­­­­­ment peur de tomber.

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