Journée internationale de lutte pour les droits des femmes : Tant qu’il le faudra !
Chacun y va de son propre imaginaire autour du 8 mars : c’est le jour où on fête les femmes et on leur offre un bouquet de fleurs ; où on met un coup de projecteur sur les droits des femmes qui ne leur sont toujours pas accordés ; qui n’a rien à faire dans notre pays où les femmes ont des droits ; que les politiques instrumentalisent et qui les arrange pour oublier aussitôt la problématique une fois cette « célébration » passée… Pour remettre un peu le 8 mars à sa bonne place dans le calendrier, nous nous sommes demandé d’où il vient, au fond, et comment il se vit aux Équipes Populaires ?

Non, le 8 mars ne provient pas de l’imagination débridée de femmes hystériques qui adorent se plaindre. Cette date a un ancrage historique qui découle d’évènements, que ce soit des rassemblements officiels ou des manifestations, qui ont abouti à la forme que prend aujourd’hui cette journée décrétée par l’ONU, en 1977, Journée internationale des droits des femmes et lui donnant un caractère officiel[1].
Cette date est là pour nous rappeler qu’aujourd’hui encore les femmes[2], parce qu’elles sont femmes, n’ont pas les mêmes droits que les hommes. Y compris chez nous. Bien sûr, en Belgique, les femmes peuvent librement se balader avec leur compagnon ou leur compagne (quoique…), porter des pantalons, conduire et travailler (Mais vraiment qu’est-ce qu’elles ont à vouloir l’égalité ?), mais c’est aussi dans notre pays que l’on se permet de ne pas condamner un violeur reconnu coupable, sous prétexte qu’il a reconnu les faits et qu’il a un avenir prometteur devant lui. Rien en revanche sur la peine de la victime qui devra à vie porter les traces de cette violence.
C’est aussi dans notre beau pays que les femmes, pour un même poste, ne sont pas payées à la même hauteur que leurs collègues masculins : en Belgique, la différence de salaire annuel entre les femmes et les hommes est encore de 20%[3]. Sur le plan économique, l’inégalité s’explique notamment parce que la charge des enfants incombe toujours majoritairement aux femmes, ce qui les conduit dès lors à prendre un temps partiel. Tout le monde a déjà entendu ce beau slogan « L’homme le plus pauvre de Wallonie est une femme » : y compris par rapport à la précarité, les femmes emportent la mise.
La santé des femmes, pas prise au sérieux ?
Nos manuels d’histoire n’ont toujours pas intégré l’histoire de l’humanité dans son ensemble, c’est-à-dire en tenant compte des hommes mais aussi des femmes qui l’ont faite[4]. Quant à notre système de soins de santé tant vanté (même s’il est en train de s’effondrer), le constat est effarant : tant dans la prise en charge médicale que dans l’accès aux soins, les inégalités femmes-hommes persistent. Un exemple éclairant avec l’infarctus du myocarde qui est sous-diagnostiqué chez les femmes, car « considéré à tort comme une maladie d’hommes stressés au travail. Une femme qui se plaint de douleurs dans la poitrine se verra plus souvent prescrire des anxiolytiques, tandis qu’un homme sera dirigé vers un cardiologue », peut-on lire sur le site de Solidaris[5].
Et du côté de la santé mentale, les récentes découvertes se joignent aux inégalités déjà identifiées : les femmes sont surmenées en raison de la charge familiale qui leur incombe encore très largement que l’on nomme communément aujourd’hui « charge mentale ». À cela s’ajoutent donc des dommages durables sur le cerveau des femmes, des cicatrices suite au sexisme ordinaire (remarques, blagues, comportements sexistes du quotidien) : « Les recherches ont montré que les femmes vivant dans des pays où les inégalités entre les sexes sont plus marquées présentaient une épaisseur corticale plus fine dans les régions du cerveau associées au contrôle émotionnel, à la résilience et aux troubles liés au stress, tels que la dépression et le syndrome de stress post-traumatique[6] ».
La réalité des féminicides
Sans transition. C’est également dans notre plat pays que l’on tue des femmes parce qu’elles sont femmes, c’est ce qu’on nomme à juste titre aujourd’hui, un féminicide. Pour l’année 2025, on en recense 25[7]. Près de chez nous, l’affaire Pélicot a fait couler beaucoup d’encre et de larmes et nous a montré que les violences faites aux femmes sont le produit d’un système que l’on nomme le patriarcat, c’est-à-dire qu’il repose sur la domination des femmes et minorités de genre. Ce ne sont pas des délinquants qui ont violé Gisèle Pélicot, ce sont des pompiers, des chauffeurs routiers, des militaires, des agents de sécurité, des journalistes, des DJ, autant de profils qui viennent révéler ce que les femmes dénoncent depuis plus d’un siècle, que la violence qui leur est renvoyée en raison de leur genre concerne toutes les strates de la société et que, comme dans ce cas-ci, le violeur est rarement un agresseur inconnu dans un parking.
Et en ligne, les chiffres ne sont guère plus réjouissants. Menaces de mort, insultes, incitation à la haine : « Selon les données de l’Union européenne, une femme sur dix en Europe a déjà été victime de violences en ligne dès l’âge de quinze ans. Un spectre qui va du harcèlement moral au partage d’images intimes sans consentement (revenge porn)[8] ». Et le danger augmente lorsqu’on est une personnalité publique. Une étude de l’Unesco[9] révèle que près de 75% des femmes journalistes ont déjà subi des cyberviolences, et qu’une sur quatre a fait l’objet de menaces physiques ou de mort. Comme l’expliquent les journalistes belges Myriam Leroy et Florence Hainaut dans leur documentaire sur la cyberviolence, « #Sale pute » : « Nous faisons aujourd’hui face à un problème qui touche d’importants enjeux démocratiques. Des journalistes disparaissent des antennes, hésitent à couvrir des sujets. Ne font plus la promotion de leur travail sur les réseaux sociaux. Des militantes se taisent. Des humoristes choisissent avec précaution les sujets sur lesquels elles vont blaguer. Des chercheuses arrêtent de s’exprimer dans les médias et sur Internet. Des youtubeuses renoncent à apparaitre. Parce qu’elles anticipent ce qui risque de suivre. Des jeunes femmes n’envisagent plus de se lancer en politique. Les cyberviolences misogynes visent à faire disparaitre les femmes de l’espace public numérique, mais aussi physique. L’invisibilisation à l’œuvre dans les affaires de harcèlement n’est pas un dommage collatéral. C’est une fin en soi[10] ».
C’est un fait, basé sur des chiffres : peu de femmes violent, peu de femmes tuent : selon une étude de 2019 des Nations Unies, les hommes commettent environ 90% des homicides[11]. Dans une société qui se dit humaniste, inclusive, égalitaire, il est urgent que les hommes prennent enfin la mesure de ce qui se joue. On ne peut plus fermer les yeux et dire « je ne savais pas », nombreuses sont les femmes courageuses qui parlent, qui portent haut le regard, nombreuses sont les sources pour comprendre la problématique.
Qu’attendons-nous du 8 mars, réellement ?
Pas des fleurs, en tout cas ! En marge de ce 8 mars, la question que j’ai envie de poser s’adresse aux hommes : qu’attendez-vous pour réagir ? Le Not all men je le connais bien, tous les jours on me l’oppose dès lors que je mets en exergue les chiffres des violences sauf que dans la pratique aucun homme ne m’a jamais défendue quand j’étais insultée dans la rue ou qu’on avait un geste déplacé à mon encontre. Quelle est la place des hommes aujourd’hui ? Au côté des femmes tout simplement, pas devant, pas à la place, à côté, être un allié ce n’est pas simple, c’est une posture difficile à endosser quand les femmes ont dû subir dans le silence toutes les violences dans leur chair depuis toujours, mais la tâche est bien moindre que toutes ces femmes qui ont ouvert la voie, leur voix pour dire, expliquer, alerter à quel point la souffrance est intenable et nous concerne toutes et tous. Tout ce temps, on ne les a pas crues et encore aujourd’hui certains remettent en cause la parole de Gisèle Pélicot et ne veulent pas reconnaitre toute l’horreur que notre société inflige aux femmes.
Claudia Benedetto
Notre 8 mars
Ce n’est pas en refusant ou en enlevant des droits aux femmes que la société ni les hommes s’en porteront mieux. Au contraire, le projet féministe est un projet radical de transformation de la société ; radical parce qu’il questionne tout ce que l’on tenait pour obligatoire, radical parce qu’il refuse l’argument de la fatalité, radical parce qu’il atteste que l’égalité est favorable à toutes et tous. Aux Équipes Populaires, nos régionales ont voulu apporter leurs particularités à la journée du 8 mars. Petit tour des initiatives.
Un festival comme contre-pied aux valeurs rétrogrades

À Tournai, notre régionale a proposé un atelier de pancartes en vue de la manifestation. Elle a organisé avec ses partenaires[12], la deuxième édition du festival « La quinzaine en tout genre » qui se tenait du 23 février au 10 mars. « Dans un contexte où les valeurs rétrogrades cherchent à restreindre les droits et libertés, il est essentiel de réfléchir, d’échanger et d’agir collectivement. La riposte féministe, c’est la force qui circule dans la pensée critique, l’organisation collective, l’éducation populaire et la créativité militante ! C’est inventer des formes de luttes joyeuses, visibles et puissantes, capables de transformer la société en profondeur », nous expliquent les organisateurs.
Au programme cette année : des conférences sur le phénomène tradwives (épouses traditionnelles), des arpentages, des projections et débats sur le masculinisme et ses impacts, une journée créative papier recyclé, un atelier badges et une initiation à la linogravure. Sans oublier un petit déjeuner suivi d’un atelier de création de pancartes avant un départ groupé pour aller manifester le 8 mars. Le groupe des Équipes Populaires et de la JOC Wapi les Dur.es à Queer a animé des ateliers créatifs et de sensibilisation, notamment pour dénoncer la transphobie grandissante, et surtout parce que « nous voulons que nos espaces de luttes soient les plus inclusifs ».
Sensibilisation en rue et atelier de défense féministe
À Verviers, l’équipe s’est rendue le 6 mars sur le marché de Malmedy aux côtés d’organisations locales[13] pour sensibiliser les passant·e·s. Au programme : une ligne du temps pour découvrir l’évolution des droits des femmes, des portraits de femmes impactantes oubliées de l’Histoire, des espaces de discussions sur le féminisme, la précarité menstruelle et l’égalité des chances, et le tout autour d’un café. La régionale a également proposé le 10 mars, en partenariat avec la JOC Verviers, l’atelier Tes meilleures punchlines face à un masculiniste pour faire face aux discours masculinistes du quotidien : Comment répondre sans s’énerver ? Comment argumenter sans s’épuiser ? « Et si on apprenait à démonter les clichés… avec humour et intelligence collective ? »
Un festival qui fait résonner les voix féministes
Au Brabant wallon, la régionale a organisé en partenariat[14], le Festival Résistances, qui s’est tenu du 4 au 7 mars au Monty, un festival qui défend les droits des femmes à travers des formes artistiques et collectives. « L’idée, c’est de faire résonner les voix féministes sous toutes leurs formes : stand-up, écriture, slogans, chants, projection, débats et moments partagés », expliquent les organisateurs. « Parce que les droits des femmes et personnes sexisées ne sont jamais acquis. Parce que les inégalités persistent. Parce que les violences existent encore, partout, tout le temps. Mais aussi parce que la lutte est pour nous collective, joyeuse et créative », précisent-ils.

Pour eux, Résistances est né de la conviction que l’on peut réfléchir en étant incluant·e : « On peut trouver de l’énergie dans l’engagement, on peut résister ensemble. Résistances existe pour faire du lien, et pour rappeler que le féminisme est une force vivante, accessible et profondément collective ».
Pour l’occasion, la régionale a animé des jeux pour apprendre à riposter contre des remarques sexistes et à questionner les inégalités de genre.
Création de badges
Au Luxembourg, la régionale a proposé le 5 mars un atelier de création de badges et de messages. « Un temps collectif pour s’exprimer, affirmer ses convictions et rendre visibles les paroles citoyennes. » Des participant·e·s se sont ensuite rendu·e·s à Bertrix le 7 mars et à Bruxelles le 8 mars aux rassemblements organisés dans le cadre de la journée de lutte pour les droits des femmes.
Ciné-débat sur l’émancipation des femmes
À Charleroi, la régionale proposait un ciné-débat autour du film Il reste encore demain de Paola Cortellesi, une comédie dramatique féministe majeure traitant de l‘émancipation féminine, des violences domestiques et du patriarcat dans l’Italie de l’après-guerre. « Mariée à Ivano, Delia, mère de trois enfants, vit à Rome dans la seconde moitié des années 1940. La ville est alors partagée entre l’espoir né de la Libération et les difficultés matérielles engendrées par la guerre. Face à son mari autoritaire et violent, Delia ne trouve de réconfort qu’auprès de son amie Marisa. Leur routine morose prend fin au printemps, lorsque toute la famille s’apprête à célébrer les fiançailles imminentes de leur fille aînée, Marcella. Mais l’arrivée d’une lettre mystérieuse va tout bouleverser et pousser Delia à trouver le courage d’imaginer un avenir meilleur, et pas seulement pour elle-même[15] ».
Le Banquet des femmes : célébrer le matrimoine belge par l’art
À Namur, la régionale a souhaité rendre hommage de manière créative aux femmes belges qui ont marqué l’Histoire en proposant avec ses partenaires[16] un banquet des femmes. Marguerite Van de Wiele, Isala Van Diest, Emma Lambotte… Ces noms ne vous diront sans doute pas grand-chose. Elles font pourtant partie des grandes figures du matrimoine belge, trop souvent oubliées et pourtant essentielles. La régionale, en collaboration avec Amande Art, a proposé un atelier créatif inspiré de l’œuvre emblématique de l’artiste américaine Judy Chicago : The Dinner party. Peinture, découpage, collage…

Les participant·e·s ont mis leur créativité au service d’une installation collective : « un banquet des femmes » rassemblant symboliquement autour d’une table celles qui ont marqué l’histoire de la Belgique. Le public a pu ensuite découvrir l’œuvre et les destins de ces femmes inspirantes.
[1] Lire à ce sujet les deux analyses réalisées par Marie-Thérèse Coenen, historienne au Carhop :
« Le 8 mars, journée internationale des femmes. Une longue histoire. Première partie : l’approche internationale », Site du Carhop, juin 2023.
« Le 8 mars, journée internationale des femmes. Une longue histoire. Deuxième partie : En Belgique », Site du Carhop, juin 2023.
[2] À chaque fois que le mot femme est utilisé dans cet article, il induit qu’il regroupe également les minorités de genre : personnes transgenres et non binaires.
[3] Inégalités économiques hommes-femmes, Site Oxfam Belgique.
[4] Lire à ce sujet l’ouvrage de Titiou Lecoq, Les grandes oubliées, pourquoi l’histoire a effacé les femmes, Éd. de L’Iconoclaste, 2021.
[5] « Les femmes, les grandes oubliées de la santé ! », Site Internet de Solidaris.
[6] Isabelle Mourgere avec BBC, « Comment le sexisme ordinaire peut impacter le cerveau et la santé psychique des femmes », dans Terriennes, Site Internet de TV5 Monde, 21 janvier 2026.
[7] Camille Wernaers, « Où en est la lutte contre les féminicides en Belgique ? », Site Internet RTBF.
[8] La rédaction et Lore Ginneberge, « Cyber-misogynie : et si le harcèlement n’était que la face émergée du fléau ? », Site Internet Elle Belgique, 10 mars 2026.
[9] « CTRL + ALT + MUTE : Faire taire une journaliste féminine réduit au silence mille voix de femmes », Site Internet de l’Unesco, 27 novembre 2025.
[10] Anne Schiffmann, « #SalePute : un documentaire édifiant sur la cyberviolence contre les femmes », Site Internet RTBF, 12 mai 2021.
[11] Cynthia Deschamps, « Les hommes seraient-ils plus violents que les femmes ? », Site Internet RTBF, 16 septembre 2020.
Lou Janssens, « Viols et agressions : quels sont les chiffres des violences sexuelles en Belgique ? », Site Internet RTBF, 24 octobre 2025.
[12] Un projet porté par le MOC–CIEP WAPI, Soralia Wallonie Picarde, Équipes Populaires Hainaut occidental, JOC Wapi-Tournai et soutenu par Vie Féminine Région Picarde, les Dés Genré·es, les Dur·es à Queer, Auberge de Jeunesse de Tournai, la Bibliothèque de Tournai, le Musée de Folklore et des Imaginaires de Tournai – MuFIm, la Maison Culture de Tournai.
[13] Plan de cohésion sociale de Malmedy, People’s place Malmedy, Bibliothèque de Malmedy et Infor Jeunes Malmedy.
[14] Laïcité Brabant wallon, CNCD-11.11.11 Brabant wallon, PAC Brabançonne et Le Monty.
[15] Site Internet : www.grignoux.be.
[16] La Maison de la Laïcité Cerfontaine-Florennes-Philippeville-Walcourt, Latitude Jeunes Namur – Solidaris réseau, les Centres de Planning Familial de la Province de Namur, Soralia Namur, la Bibliothèque communale de Philippeville, le Plan de Cohésion Sociale de Philippeville et le Centre culturel de Philippeville – Les Halles.