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Osons déployer notre parole : Récit d’un arpen­tage engagé à la biblio­thèque d’Hot­ton

Quel magni­­­fique échange et de regards croi­­­sés lors de ce rendez-vous d’ar­­­pen­­­tage autour du livre de Salomé Saqué. Deuxièmes rencontres orga­­­ni­­­sées par la biblio­­­thèque d’Hot­­­ton, fidèle à sa légen­­­daire bien­­­veillance, l’équipe nous a accueillis bras ouverts.
Vivre ces arpen­­­tages d’un seul et même ouvrage m’a prouvé qu’il est capi­­­tal de stimu­­­ler le point de vue de chacun·e grâce à des données concrètes et acces­­­sibles. Nous n’avons pas toutes les réponses, mais chaque ques­­­tion posée fera son chemin en nous. Elle trans­­­for­­­mera notre vision avec ce recul devenu indis­­­pen­­­sable aujourd’­­­hui. Osons déployer notre parole, notre cœur et notre légi­­­ti­­­mité à ques­­­tion­­­ner le monde ! Face à un même livre, les retours des parti­­­ci­­­pant·e·s sont uniques, tout en trou­­­vant une vision conver­­­gente.

Dans cet article, je vous propose d’en décou­­­vrir les grandes lignes. 

Elise ouvre sa resti­­­tu­­­tion et retient que Salomé Saqué est une jour­­­na­­­liste mili­­­tante, du fait qu’elle défi­­­nit et explique le mode d’ac­­­tion de l’ex­­­trême droite malgré de nombreuses menaces. Conti­­­nuer d’en parler est en soi une forme de mili­­­tan­­­tisme, car la démo­­­cra­­­tie est, elle aussi, mena­­­cée. L’au­­­trice invite à rester connecté au réel et rappelle qu’être huma­­­niste doit rester la norme. « C’est impor­­­tant de savoir de quoi on parle !  » conclut Elise. 

Une parti­­­ci­­­pante enchaîne en souli­­­gnant que l’ex­­­trême droite est très bien orga­­­ni­­­sée dans les médias, ce qui empêche les gens de penser par eux-mêmes et de vivre des débats poli­­­tiques non orien­­­tés. Elle n’est pas éton­­­née que les gens soient passifs, ce qu’elle juge dange­­­reux : « Les pouvoirs insti­­­tu­­­tion­­­nels sont attaqués. Même les bureaux d’études ou de statis­­­tiques sont choi­­­sis selon leurs orien­­­ta­­­tion poli­­­tique ! Dans l’Union euro­­­péenne, c’est la même chose : la dicta­­­ture émerge au sein de nos démo­­­cra­­­ties. Il faut chan­­­ger de modèle, c’est trop consen­­­suel. » Elle partage ensuite sa vision avec le groupe : « Ce n’est pas pour une person­­­na­­­lité poli­­­tique que l’on vote, mais bien pour des idées qui doivent nous orien­­­ter dans nos communes, nos provinces et à l’État.
Vers où voulons-nous aller ?  »
 

Nadine lui emboîte le pas : « C’est un système pour milliar­­­daires qui contrôlent les pouvoirs poli­­­tiques, asso­­­cié à une iden­­­tité conser­­­va­­­trice et natio­­­na­­­liste. L’ac­­­cé­­­lé­­­ra­­­tion­­­nisme promeut la violence. Ça clash partout, on se permet tout, et ce sont ces gens-là qui donnent le ton. » Ces milliar­­­daires rachètent des maisons d’édi­­­tion et créent des polé­­­miques, de faux problèmes, inci­­­tant à la haine et à la violence tout en impo­­­sant impli­­­ci­­­te­­­ment leurs valeurs. 

Sa voisine pour­­­suit avec le contenu de sa lecture. Elle souligne que les réseaux sociaux sont biai­­­sés d’em­­­blée, au nom de la liberté d’ex­­­pres­­­sion. Les poli­­­tiques, les patrons, les médias : personne ne réagit, il n’y a pas de cordon sani­­­taire ! De plus, lorsque l’on veut s’in­­­di­­­gner aujourd’­­­hui, on est mal vu. Au nom de cette même liberté d’ex­­­pres­­­sion, les personnes indi­­­gnées sont perçues comme trop émotion­­­nelles. Par confort, on reste passif. L’au­­­trice parle d’ailleurs de trois étapes : l’in­­­cré­­­du­­­lité, la sidé­­­ra­­­tion et la clarté. Elle cite alors Edgar Morin :
« L’heure d’une nouvelle résis­­­tance est venue. Celle d’avant-hier était contre l’oc­­­cu­­­pant nazi, celle d’hier contre le retour de la vieille barba­­­rie de haine et de mépris liée à la nouvelle barba­­­rie du calcul aveugle à l’hu­­­ma­­­nité et du profit déchaîné. La nouvelle résis­­­tance est d’abord la résis­­­tance de l’es­­­prit aux mensonges, aux illu­­­sions, aux hysté­­­ries collec­­­tives sur lesquelles surfe l’ex­­­trême droite en France et en Europe. »
 

Une autre parti­­­ci­­­pante complète en évoquant la suite du livre, indiquant que les médias ont un rôle à jouer à travers le prin­­­cipe de neutra­­­lité, qui consti­­­tue une piste pour résis­­­ter. Cepen­­­dant, lors des élec­­­tions, plusieurs médias qui ont refusé d’in­­­vi­­­ter l’ex­­­trême droite ont vu leurs rédac­­­teurs mis en diffi­­­culté. Comment trai­­­ter des sujets média­­­tiques tout en restant neutre ? « J’ai appris qu’en Wallo­­­nie, il n’y a pas de direct. Les émis­­­sions sont diffu­­­sées en différé pour avoir le temps d’ana­­­ly­­­ser les propos, et c’est grâce au cordon sani­­­taire. J’ai l’im­­­pres­­­sion que ces conseils s’adressent surtout à des indi­­­vi­­­dus et non à un groupe, au peuple. Il faut simple­­­ment véri­­­fier l’in­­­for­­­ma­­­tion, la parta­­­ger avec nos amis, notre famille, voir si l’autre est d’ac­­­cord pour débattre, utili­­­ser des récits person­­­nels et monter au créneau progres­­­si­­­ve­­­ment. Il faut soute­­­nir les médias neutres, les asso­­­cia­­­tions… Là où l’ex­­­trême droite se nour­­­rit de divi­­­sions, nous devons nous enga­­­ger dans le collec­­­tif et recréer des récits. Ce sont des pistes à notre échelle : agir autour de soi et se culti­­­ver. » 

La dernière parti­­­ci­­­pante partage la notion de récit de son extrait, il faut utili­­­ser des symboles, car l’ex­­­trême droite les utilise elle-même pour s’in­­­car­­­ner. La démo­­­cra­­­tie est bien plus qu’un droit de vote : ce sont aussi des choix de consom­­­ma­­­tion et même des choix profes­­­sion­­­nels. L’ima­­­gi­­­naire est une utopie posi­­­tive qui a la force de dissi­­­per les idées de l’ex­­­trême droite. Soute­­­nir cette démarche sans relâche, tout en prenant soin de soi et en culti­­­vant la joie, est l’une des plus grandes armes d’ac­­­tion poli­­­tique. C’est la force de l’hu­­­mour, une réelle résis­­­tance. « Cela me rappelle mon métier, des petits gestes du quoti­­­dien », conclut-elle, en illus­­­trant la puis­­­sance de la joie et de l’art par l’exemple de la danse du peuple dans la grotte, tiré du film Matrix Reloa­­­ded (Matrix 2). 

En conclu­­­sion, cet arpen­­­tage à la biblio­­­thèque d’Hot­­­ton a trans­­­formé la lecture du livre de Salomé Saqué en un vibrant élan de résis­­­tance collec­­­tive. Face aux dangers qui menacent notre démo­­­cra­­­tie, les échanges ont mis en lumière des pistes concrètes : s’in­­­for­­­mer, recréer du lien et oppo­­­ser la clarté à la passi­­­vité. Au-delà des constats, ce rendez-vous rappelle que notre plus grande force réside dans notre capa­­­cité à agir ensemble, tout en culti­­­vant l’art, l’hu­­­mour et la joie comme des outils poli­­­tiques du quoti­­­dien. Conti­­­nuons à déployer notre parole et à faire vivre ces utopies posi­­­tives autour de nous ! 

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