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Du bouillon­ne­ment inté­rieur à la joie de faire ensemble

C’était la dernière rencontre de la série d’ar­pen­tage du livre de Salomé Saqué, Résis­ter. Un rendez-vous que certains citoyens ne voulaient pas manquer, car l’inquié­tude liée à notre présent est en train de grigno­ter cette convic­tion : la démo­cra­tie est un bien acquis. 

Cette méthode d’ar­pen­tage ne demande pas de synthé­ti­ser les pages lues indi­vi­duel­le­ment ; c’est une refor­mu­la­tion à partir de son affect, de ce qui a été « bous­culé » en soi. Il n’en reste pas moins que le livre est recons­truit collec­ti­ve­ment à partir de données concrètes, mais à travers le regard de chacun, nour­ris­sant un débat appuyé d’un apport de vécu et de réalité collec­tive. 

Voici la recons­truc­tion de cette lecture collec­tive. Chaque parti­ci­pant a consenti à être nommé et publié. 

Anne s’em­pare de l’ac­tua­lité pour déplier ce qu’elle a retenu : 
« C’est un constat alar­mant. Comme dans l’af­faire Bardella et de Media­part! Il existe une volonté de l’ex­trême droite d’être discret pour s’ins­tal­ler insi­dieu­se­ment dans nos démo­cra­ties. Comme ici en Belgique pour le projet de loi sur les visites domi­ci­liaires. » 

Jill inter­roge la neutra­lité des juges et cite : 
« Il faut 18 mois pour qu’un État démo­cra­tique soit renversé dès lors que l’ex­trême droite est au pouvoir ! Cela me donne des haut-le-cœur ». Ils sont très orga­ni­sés et ils ont le soutien de l’Union euro­péenne, où les actes de violence et de racisme envers les mino­ri­tés sont relayés comme des actes isolés, mais ce n’est pas le cas. La fenêtre d’Over­ton s’élar­git, le rachat des médias par les grosses fortunes fait accep­ter les idées d’ex­trême droite. Aux USA, l’État de droit est attaqué ; dans les univer­si­tés, le savoir est remis en ques­tion.

Luc complète avec le pouvoir des médias qui se moquent de payer des amendes lorsqu’ils dépassent l’éthique dans leurs propos : 
La TV, le cinéma et la presse sont biai­sés, ils réécrivent l’his­toire. L’ex­trême droite rachète les socié­tés de sondages et trans­forme les données, tout comme le voca­bu­laire, à l’image du mot wokisme. Même la gastro­no­mie sert de levier natio­na­liste, moulé dans le mascu­li­nisme. L’hu­mour raciste est présenté comme « cool », ils bana­lisent des tabous et imposent leurs sujets de débat. Comme Macron qui utilise le mot « guerre » pour tout et à toute les sauces ! Ce sont des récits qui surplombent les faits, c’est une commu­ni­ca­tion hors-sol et sour­noise !

Céline pour­suit en expliquant qu’il ne faut pas se fier aux réseaux sociaux : 
L’ex­trême droite y nour­rit le complo­tisme, il y a une tonne de fake news afin de pola­ri­ser la société. Les médias bana­lisent la compa­rai­son entre le Rassem­ble­ment natio­nal et l’ex­trême droite. Ils comparent ce qu’ils aiment compa­rer ! Aux USA, même le centre gauche vire à droite ! Les grands patrons sont à fond derrière l’ex­trême droite, car cela rejoint leurs valeurs de compé­ti­ti­vité ! Et au nom de la liberté d’ex­pres­sion, ils norma­lisent des discours racistes ! « Comment résis­ter aujourd’­hui ? Nous sommes plon­gés dans une indif­fé­rence, on essaie d’en­dor­mir les consciences, c’est l’inac­tion… Aujourd’­hui, nous (les personnes qui ne soutiennent pas l’ex­trême droite) sommes perçus comme des personnes naïves. Il faut arrê­ter d’être neutre ! Le jour­na­lisme est un quatrième pouvoir et éclaire l’opi­nion publique. Oufti ! J’ai eu la partie la plus plom­bante. »

Les pistes pour résis­ter et l’es­poir 

Isabelle, se dit soula­gée d’avoir eu la partie la plus posi­tive et pour­suit : 
Le jour­na­liste n’est jamais neutre, mais se doit de parta­ger des données véri­fiées ! Elle retient que l’au­trice fait allu­sion au cordon sani­taire qui n’existe pas en France, et qu’il est déjà trop tard d’ins­tal­ler. Il faut défendre la démo­cra­tie en soute­nant les médias indé­pen­dants de toute influence. « J’ai lu un truc de dingue ! L’in­for­ma­tion dans laquelle les Français ont le plus confiance, c’est celle de leurs proches : la famille, les amis, les collè­gues… » Salomé propose des pistes pour infor­mer, convaincre et argu­men­ter. Par exemple : rester ouvert, écou­ter, trou­ver chez l’autre des valeurs communes, parta­ger des récits person­nels (« Moi, en tant que femme, ce qui me fait peur… », etc.). Ne pas cher­cher la confron­ta­tion mais remer­cier la personne pour le partage, même si on ne se rejoint pas, pour ne pas jouer le jeu de l’ex­trême droite (qui souhaite divi­ser le peuple et ses forces). Il faut rester collec­tif. Isabelle conclut avec unepar­tie du livre où l’on trouve les notes et réfé­rences, et appuie cette phrase de Jean-Paul Sartre :
« La résis­tance est le refus de céder au décou­ra­ge­ment. » 

Fanny répond en citant :« Faire ensemble rend la haine et le repli obso­lètes », elle a une partie du livre où l’en­thou­siasme est le moteur du chan­ge­ment vers la joie de vivre : 
Elle a retenu que pour dédra­ma­ti­ser la situa­tion, l’au­trice propose de mili­ter par le rire, comme avec des pancartes où l’on voit Marine Le Pen et Poutine entou­rés d’un cœur, ou bien encore la « mani­fes­ta­tion grise »… « Je trouve de l’es­poir et une confiance en l’ave­nir. L’ex­trême droite n’est pas inévi­table. Mais des gens autour de moi ne voient pas vers quoi on va (chan­ge­ment de régime) et cela me déprime. J’ai vécu toute ma vie dans la démo­cra­tie et je n’avais pas conscience que cela pouvait reve­nir aussi vite par rapport à notre passé… La démo­cra­tie est-elle un régime qui nous semble acquis ? » La suite de l’ou­vrage est consti­tuée de notes et réfé­ren­ces… Fanny y souligne le retour­ne­ment de la vision du « gauchiste », trans­formé en « écoter­ro­riste ». Dès que l’on essaie de se rebel­ler, il y a un retour super violent de la part des médias poli­tiques. Les médias russes appellent à la violence en citant : « Vive­ment le prochain Bata­clan… » Heureu­se­ment que le Conseil d’État a refusé la demande du Rassem­ble­ment natio­nal d’être disso­cié de l’ex­trême droite. Mais elle souligne aussi que, lors du décès de Jean-Marie Le Pen, ce dernier a été mis en lumière comme « un héros !  »

La benja­mine ferme cette lecture par des ressen­tis d’es­poir et de colère : 
« C’est de l’abus ! » Lorsque je lis les diffé­rentes succes­sions de sujets injustes soute­nus par l’ex­trême droite, « c’est une anoma­lie complète » : racisme, remise en ques­tion de l’IVG, dimi­nu­tion des droits des femmes, harcè­le­ment sexuel… Ni la TV ni les médias ne partagent ces infor­ma­tions… « J’ai un bouillon­ne­ment inté­rieur. Partout dans le monde, la démo­cra­tie s’ef­fondre. Ils contournent les infrac­tions et ça passe ! Ils font ce qu’ils veulent… La poli­tique n’est pas une ligne droite et on n’y échappe pas… Elle est partout, même dans les cours de récréa­tion où les enfants portent la parole de leurs parents. » Émue, elle souligne encore ce témoi­gnage : « Ma grand-mère vote RN depuis qu’elle regarde CNews. » 

Débat final : Est-ce que la démo­cra­tie doit se réin­ven­ter ? 

Pour conclure cet arpen­tage, le groupe a débattu autour de cette ques­tion. Voici ses réflexions en vrac : 

Quel cadre poser ? Réin­ven­ter semble peu réalis­te… C’est plutôt : qu’est-ce que l’on va en faire ?

De loin, on a l’im­pres­sion que le cordon sani­taire est solide mais… il est fragile, à l’exemple de ce qu’il se passe à la RTBF.

Repar­ler et remettre en lumière le sens du cordon sani­taire ? Et les médias ? Et cette tolé­rance à l’in­to­lé­rance ? Et la mora­lité ? Le Pen et son brace­let !? Au RN, ils sont 26 avec des casiers judi­ciaires !

Il faut faire une distinc­tion entre la liberté d’ex­pres­sion et la démo­cra­tie !

Réin­ven­ter la manière de voter ? Deve­nir acteur poli­tique ? Agir sur notre commune, nos proxi­mi­tés, la presse loca­le… Exer­cer en poli­tique n’est pas simple et c’est chro­no­phage.

Récem­ment, un pays a décidé que lors d’une campagne élec­to­rale, tout mensonge de candi­dat serait punis­sable !

L’im­por­tant est de rester informé.

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