Une minorité qui ne risque pas la précarité (Juin 2026)
Même en dépensant un million de dollars par jour, Elon Musk mettrait des siècles (voire plus de 2000 ans selon certaines estimations) avant de se retrouver sans aucun centime. C’est dire l’ampleur de sa fortune ! Est-ce normal qu’une personne, seule, possède de quoi coloniser Mars pendant que d’autres meurent de faim ?
C’est quoi, « être riche » ?
La définition qui nous vient spontanément, c’est « avoir beaucoup d’argent ». Mais dans les faits, c’est surtout avoir beaucoup de patrimoine (immobilier, investissements, entreprise, héritage). Quelqu’un peut avoir un gros salaire sans être vraiment riche s’il en dépend totalement pour vivre. À l’inverse, une personne avec des biens et des revenus passifs peut être riche sans gagner énormément chaque mois. Les revenus du travail peuvent être fluctuants, incertains. Les revenus locatifs, dividendes, plus-values boursières et héritages tombent plus régulièrement sans avoir eu à fournir énormément d’effort. Pourrions-nous dire, alors, qu’être riche c’est posséder suffisamment de ressources pour ne plus dépendre uniquement du travail afin de maintenir son niveau de vie ? Oui, mais pas que. Car la concentration de patrimoine n’est rien si elle n’est pas inscrite dans un cadre économique favorable où les rouages du système financier permettent de faire fructifier le capital existant. Et c’est exactement le cas dans la société actuelle, lorsque l’on voit, par exemple, que les revenus du travail sont beaucoup plus taxés que le patrimoine ou les plus-values sur la vente d’actions en Bourse. D’ailleurs, parlons-en de la Bourse : une merveilleuse invention des personnes fortunées et des grandes entreprises pour s’enrichir encore plus sur du… rien. Tout repose sur des chiffres, des prévisions et des spéculations : en gros, de l’argent qui crée de l’argent sur du vent. Pendant ce temps, les gens ordinaires travaillent réellement pour produire cette richesse sans en voir autant les bénéfices.
Pourquoi les riches s’en sortent toujours ?
Même quand notre pays, ou la société, traverse des crises majeures, les personnes très fortunées s’en sortent. Leur budget n’est pas impacté par la suppression d’une aide ou un remboursement minoré de certains soins. Pire, les riches en profitent même pour devenir plus riches encore, car le système amortit mieux leurs erreurs et multiplie leurs opportunités. Au sein de notre société, deux mondes avancent en parallèle, impactés différemment par les mesures gouvernementales. Nous partageons les mêmes événements, mais pas les mêmes conséquences. Une inflation élevée peut signifier moins d’épargne ou moins de profits pour les plus riches mais des difficultés à se nourrir ou se chauffer pour les autres. Une réforme fiscale ou du logement peut représenter un ajustement mineur pour des ménages aisés mais bouleverser entièrement la vie de ménages modestes.
Être riche, ce n’est pas une question d’effort, de travail ou de choix individuel. Certaines personnes héritent tout simplement d’un environnement qui crée plus facilement de la sécurité, des contacts, du capital et des opportunités, tandis que d’autres héritent d’obstacles plus lourds à surmonter. Être riche, c’est aussi posséder un bon réseau (avocats, médecins, bonnes écoles, bons conseils d’investissement, etc.) C’est avoir des contacts, de l’influence, une crédibilité immédiate, un accès privilégié à certaines institutions… La richesse donne souvent plus de capacité à agir sur son environnement : on connait les bonnes personnes, on approche facilement les gens de pouvoir, on se sent légitime pour donner son opinion et l’argent peut aider à influencer le cadre politique et réglementaire qui maintient les marchés favorables à l’accroissement de la richesse. La pauvreté coûte cher (crédits plus coûteux, logement moins stable, moins de temps libre, stress chronique, moins de marge pour prendre des risques…) alors que la richesse donne du temps, de la sécurité et des options. Bref, nous ne sommes pas tous dans le même bateau !
Les vrais assistés, ce sont les riches !
Le modèle économique actuel est un rouleau compresseur pour les classes populaires. La sécurité sociale, la redistribution des richesses est présentée, à tort, comme de l’assistanat. Aujourd’hui, nous utilisons davantage d’argent public pour favoriser les grandes entreprises et leurs actionnaires que pour soutenir les bénéficiaires du chômage. Les entreprises qui reçoivent de généreuses aides (sous forme d’exemptions d’impôts) ne doivent rien justifier, contrairement au monde associatif ou culturel qui doit justifier chaque centime. Les classes travailleuses ont l’impression qu’on les rend « plus riches » en supprimant des taxes, mais en échange on supprime des filets de sécurité, comme le chômage ou une pension décente, pour lesquels elles ont pourtant travaillé ! Soyons clairs : les riches s’enrichissent encore, et encore, sur le dos des plus pauvres. C’est un cycle sans fin. Pour Bernie Sanders, un candidat de gauche aux élections américaines de 2016 et 2020, les milliardaires ne devraient pas exister. Pourtant le nombre de milliardaires ne cesse d’augmenter, surtout ces dix dernières années. D’ailleurs, les histoires de personnes très riches ayant tout perdu ne défrayent pas les chroniques. Les riches s’en sortiront. Toujours. À moins qu’arrivent au pouvoir des personnes capables de changer les règles du jeu.
Quelques mécanismes importants :
Le capital produit du capital : Quand on possède déjà de l’argent, on peut investir, acheter des biens, créer des revenus passifs.
Le risque n’a pas le même coût : Une personne riche peut rater un projet sans perdre son logement ni sa sécurité.
L’accès à l’information et aux experts : Fiscalistes, avocats, coachs, médecins, bonnes écoles, conseils financiers… Les réseaux ouvrent des portes; beaucoup d’opportunités circulent par contact plutôt que par mérite.
Les règles économiques favorisent souvent le patrimoine : Dans beaucoup de pays, les revenus du capital sont moins taxés ou mieux protégés que certains revenus du travail.
L’image de la réussite attire encore plus de réussite : On prête plus facilement à quelqu’un qui paraît déjà stable et prospère.

« Alors si je comprends bien, quand on est riche, ça ne s’arrête jamais. »
« Je vous rassure, c’est pareil quand on est pauvre. »
Jean-Pierre Darroussin et son banquier dans « Si j’étais riche ».
« L’argent ne fait pas le bonheur. J’ai maintenant 50 millions de dollars, mais j’étais tout aussi heureux quand j’en avais 48 millions. »
Arnold Schwarzenegger dans les années 80.
« Il y a une lutte des classes, bien sûr, mais c’est ma classe, celle des riches, qui fait la guerre. Et nous gagnons. »
Warren Buffett, sur CNN en 2005.