Analyses

Faire tout l’in­verse ! 4 exemples vers l’éga­lité et l’éco­lo­gie popu­laire (Juin 2026)

La cascade de la préca­­­­­­­­­­­rité serait-elle donc inéluc­­­­­­­­­­­table ? Que nenni ! Elle est la consé­quence de choix poli­­­­­­­­­­­tiques et idéo­­­­­­­­­­­lo­­­­­­­­­­­giques. Ce qui est fina­­­­­­­­­­­le­­­­­­­­­­­ment une excel­­­­­­­­­­­lente nouvelle car, avec des choix poli­­­­­­­­­­­tiques diffé­­­­­­­­­­­rents, il serait tout à fait possible d’éra­­­­­­­­­­­diquer la pauvreté. Quels sont-ils ? Nous vous propo­­­­­­­­­­­sons ici quatre dispo­­­­­­­­­­­si­­­­­­­­­­­tifs à mettre en place qui permet­­­­­­­­­­­traient de répondre à notre soif d’éga­­­­­­­­­­­lité. L’autre bonne nouvelle, c’est que ceux-ci permet­­­­­­­­­­­traient aussi de répondre aux enjeux écolo­­­­­­­­­­­giques.

1.Taxer les grosses fortunes, globa­­­­­­­­­­­li­­­­­­­­­­­ser les reve­­­­­­­­­­­nus 

Les poli­­­­­­­­­­­tiques fiscales actuelles ne permettent pas suffi­­­­­­­­­­­sam­­­­­­­­­­­ment de réduire les inéga­­­­­­­­­­­li­­­­­­­­­­­tés. Elles favo­­­­­­­­­­­risent l’ac­­­­­­­­­­­cu­­­­­­­­­­­mu­­­­­­­­­­­la­­­­­­­­­­­tion de richesse et protègent les gros patri­­­­­­­­­­­moines – cela est d’au­­­­­­­­­­­tant plus vrai avec nos gouver­­­­­­­­­­­ne­­­­­­­­­­­ments actuels1. Au niveau de l’im­­­­­­­­­­­pôt des personnes physiques (IPP), il s’agit de rééqui­­­­­­­­­­­li­­­­­­­­­­­brer la balance. Pour ce faire, nous ne pouvons plus esqui­­­­­­­­­­­ver la ques­­­­­­­­­­­tion du capi­­­­­­­­­­­tal ni celle du patri­­­­­­­­­­­moine : ils doivent être tous les deux rame­­­­­­­­­­­nés dans le giron des poli­­­­­­­­­­­tiques fiscales. C’est incon­­­­­­­­­­­tour­­­­­­­­­­­nable pour avan­­­­­­­­­­­cer vers plus d’éga­­­­­­­­­­­lité. Ces deux domaines étant très peu mis à contri­­­­­­­­­­­bu­­­­­­­­­­­tion, ils parti­­­­­­­­­­­cipent très forte­­­­­­­­­­­ment à l’aug­­­­­­­­­­­men­­­­­­­­­­­ta­­­­­­­­­­­tion des inéga­­­­­­­­­­­li­­­­­­­­­­­tés, plus que le revenu du travail – Thomas Piketty l’ex­­­­­­­­­­­plique très bien dans son livre Une brève histoire de l’éga­­­­­­­­­­­lité. Pour chan­­­­­­­­­­­ger cela, une piste connue de longue date et défen­­­­­­­­­­­due par les mouve­­­­­­­­­­­ments sociaux est la globa­­­­­­­­­­­li­­­­­­­­­­­sa­­­­­­­­­­­tion des reve­­­­­­­­­­­nus. Globa­­­­­­­­­­­li­­­­­­­­­­­ser les reve­­­­­­­­­­­nus consiste à prendre en compte l’en­­­­­­­­­­­semble des reve­­­­­­­­­­­nus et biens du ménage – pas seule­­­­­­­­­­­ment les reve­­­­­­­­­­­nus du travail comme aujourd’­­­­­­­­­­­hui – pour déter­­­­­­­­­­­mi­­­­­­­­­­­ner le taux d’im­­­­­­­­­­­po­­­­­­­­­­­si­­­­­­­­­­­tion, et à faire en sorte que l’en­­­­­­­­­­­semble de ces reve­­­­­­­­­­­nus contri­­­­­­­­­­­buent à l’ef­­­­­­­­­­­fort collec­­­­­­­­­­­tif. « Un euro = un euro ! » Cela aurait pour consé­quence directe de dimi­­­­­­­­­­­nuer les inéga­­­­­­­­­­­li­­­­­­­­­­­tés et d’aug­­­­­­­­­­­men­­­­­­­­­­­ter les recettes budgé­­­­­­­­­­­taires de l’État. Un budget public consé­quent pour­­­­­­­­­­­rait alors être alloué à des poli­­­­­­­­­­­tiques publiques utiles : construc­­­­­­­­­­­tion de loge­­­­­­­­­­­ments sociaux bien isolés ? Soutien à l’agri­­­­­­­­­­­cul­­­­­­­­­­­ture paysanne locale ? Déve­­­­­­­­­­­lop­­­­­­­­­­­pe­­­­­­­­­­­ment d’un réseau dense de trans­­­­­­­­­­­ports en commun ? Augmen­­­­­­­­­­­ta­­­­­­­­­­­tion des seuils de la pension, des reve­­­­­­­­­­­nus de rempla­­­­­­­­­­­ce­­­­­­­­­­­ment ? Tout ce qu’on ne fait pas, ou pas assez, aujourd’­­­­­­­­­­­hui, soi-disant « faute de moyens »…

2. Parta­­­­­­­­­­­ger le temps de travail grâce à une réduc­­­­­­­­­­­tion collec­­­­­­­­­­­tive (RCTT)

Voici encore une mesure simple et spéci­­­­­­­­­­­fique qui aurait des consé­quences globales posi­­­­­­­­­­­tives sur les indi­­­­­­­­­­­vi­­­­­­­­­­­dus, les ménages, la société et l’en­­­­­­­­­­­vi­­­­­­­­­­­ron­­­­­­­­­­­ne­­­­­­­­­­­ment. À la limi­­­­­­­­­­­ta­­­­­­­­­­­tion des allo­­­­­­­­­­­ca­­­­­­­­­­­tions de chômage, l’aug­­­­­­­­­­­men­­­­­­­­­­­ta­­­­­­­­­­­tion des flexi-jobs, le contrôle renforcé des malades de longue durée, nous répon­­­­­­­­­­­dons : parta­­­­­­­­­­­geons notre temps de travail ! La RCTT avec main­­­­­­­­­­­tien du salaire et embauche compen­­­­­­­­­­­sa­­­­­­­­­­­toire a fait ses preuves lors des phases test où elle a pu être déployée. Plus de postes à pour­­­­­­­­­­­voir, un meilleur envi­­­­­­­­­­­ron­­­­­­­­­­­ne­­­­­­­­­­­ment de travail, moins de stress, plus de temps à allouer à la famille, à l’ami­­­­­­­­­­­tié, à des acti­­­­­­­­­­­vi­­­­­­­­­­­tés béné­­­­­­­­­­­voles, à l’ac­­­­­­­­­­­tion collec­­­­­­­­­­­tive, etc. Plus géné­­­­­­­­­­­ra­­­­­­­­­­­le­­­­­­­­­­­ment, mettre en place une réduc­­­­­­­­­­­tion collec­­­­­­­­­­­tive et géné­­­­­­­­­­­ra­­­­­­­­­­­li­­­­­­­­­­­sée du temps de travail ne rend plus néces­­­­­­­­­­­saire d’in­­­­­­­­­­­ven­­­­­­­­­­­ter des emplois à l’uti­­­­­­­­­­­lité sociale et envi­­­­­­­­­­­ron­­­­­­­­­­­ne­­­­­­­­­­­men­­­­­­­­­­­tale douteuse (cf. les « bull­­­­­­­­­­­shit jobs », théo­­­­­­­­­­­ri­­­­­­­­­­­sés par David Grae­­­­­­­­­­­ber).

3. Mettre en place une sécu­­­­­­­­­­­rité sociale écolo­­­­­­­­­­­gique

Des cher­­­­­­­­­­­cheurs belges et français ont travaillé ensemble autour de la ques­­­­­­­­­­­tion « comment garan­­­­­­­­­­­tir que l’ur­­­­­­­­­­­gence clima­­­­­­­­­­­tique ne creuse pas davan­­­­­­­­­­­tage les inéga­­­­­­­­­­­li­­­­­­­­­­­tés sociales et terri­­­­­­­­­­­to­­­­­­­­­­­riales ? ». Autant vous dire que c’est passion­­­­­­­­­­­nant et truffé de propo­­­­­­­­­­­si­­­­­­­­­­­tions (plus ou moins) concrètes et (plus ou moins) struc­­­­­­­­­­­tu­­­­­­­­­­­relles. Leur rapport PRETS (Protec­­­­­­­­­­­tion et risques sociaux-écolo­­­­­­­­­­­giques en tran­­­­­­­­­­­si­­­­­­­­­­­tion) pointe une série d’enjeux majeurs, notam­­­­­­­­­­­ment le fait que certaines poli­­­­­­­­­­­tiques de tran­­­­­­­­­­­si­­­­­­­­­­­tion peuvent aggra­­­­­­­­­­­ver les inéga­­­­­­­­­­­li­­­­­­­­­­­tés, ou encore que certains ménages sont plus vulné­­­­­­­­­­­rables que d’autres face aux risques clima­­­­­­­­­­­tiques, aux inon­­­­­­­­­­­da­­­­­­­­­­­tions, cani­­­­­­­­­­­cules, etc. Ce rapport2 propose des pistes de solu­­­­­­­­­­­tions pour repen­­­­­­­­­­­ser notre protec­­­­­­­­­­­tion sociale, dont la mise en place de services de base univer­­­­­­­­­­­sels, offrant à toutes et tous un accès gratuit ou très abor­­­­­­­­­­­dable aux services publics essen­­­­­­­­­­­tiels, l’ex­­­­­­­­­­­ten­­­­­­­­­­­sion des allo­­­­­­­­­­­ca­­­­­­­­­­­tions de chômage aux risques sociaux-écolo­­­­­­­­­­­giques, la prise en compte des besoins et des compé­­­­­­­­­­­tences des groupes les plus vulné­­­­­­­­­­­ra­­­­­­­­­­­bi­­­­­­­­­­­li­­­­­­­­­­­sés comme point de réfé­­­­­­­­­­­rence pour construire et géné­­­­­­­­­­­ra­­­­­­­­­­­li­­­­­­­­­­­ser la protec­­­­­­­­­­­tion sociale-écolo­­­­­­­­­­­gique, etc.

4. Réin­­­­­­­­­­­ves­­­­­­­­­­­tir la sphère publique dans tous les domaines essen­­­­­­­­­­­tiels (loge­­­­­­­­­­­ment, éner­­­­­­­­­­­gie, alimen­­­­­­­­­­­ta­­­­­­­­­­­tion, eau, mobi­­­­­­­­­­­lité)

Il est grand temps de balayer le mythe de l’en­­­­­­­­­­­tre­­­­­­­­­­­prise privée qui fait mieux que le service public ! Ouste, le that­­­­­­­­­­­ché­­­­­­­­­­­risme et les priva­­­­­­­­­­­ti­­­­­­­­­­­sa­­­­­­­­­­­tions massives ! Bonjour le service public robuste, solide, capable de rendre réel­­­­­­­­­­­le­­­­­­­­­­­ment service au public. Ici encore, ce n’est un secret pour personne, ou presque : les campagnes de priva­­­­­­­­­­­ti­­­­­­­­­­­sa­­­­­­­­­­­tion massives, dans quelque domaine que ce soit, ont toujours été accom­­­­­­­­­­­pa­­­­­­­­­­­gnées d’une hausse des inéga­­­­­­­­­­­li­­­­­­­­­­­tés et d’une dété­­­­­­­­­­­rio­­­­­­­­­­­ra­­­­­­­­­­­tion de la qualité du service. Il n’y a qu’à voir ce qu’il s’est passé à la libé­­­­­­­­­­­ra­­­­­­­­­­­li­­­­­­­­­­­sa­­­­­­­­­­­tion de l’éner­­­­­­­­­­­gie3 ! La bataille autour du service public est souvent présen­­­­­­­­­­­tée de manière cari­­­­­­­­­­­ca­­­­­­­­­­­tu­­­­­­­­­­­rale (les gauchistes irres­­­­­­­­­­­pon­­­­­­­­­­­sables qui creusent le défi­­­­­­­­­­­cit public d’un côté, les ingé­­­­­­­­­­­nieurs prag­­­­­­­­­­­ma­­­­­­­­­­­tiques et respon­­­­­­­­­­­sables qui gèrent le budget de l’État en bon père de famille de l’autre). Or, en réalité les services publics sont les plus à même de four­­­­­­­­­­­nir l’en­­­­­­­­­­­semble de ces services essen­­­­­­­­­­­tiels à l’en­­­­­­­­­­­semble de la popu­­­­­­­­­­­la­­­­­­­­­­­tion. Que vivent les loge­­­­­­­­­­­ments publics abor­­­­­­­­­­­dables et économes en éner­­­­­­­­­­­gie, les trans­­­­­­­­­­­ports en commun abor­­­­­­­­­­­dables, acces­­­­­­­­­­­sibles et effi­­­­­­­­­­­caces, les crèches publiques, les hôpi­­­­­­­­­­­taux publics, l’école publique, le four­­­­­­­­­­­nis­­­­­­­­­­­seur public d’éner­­­­­­­­­­­gie… !

Ces quatre mesures-phares permet­­­­­­­­­­­traient d’al­­­­­­­­­­­ler dans le bon sens et gagne­­­­­­­­­­­raient bien sûr à être complé­­­­­­­­­­­tées par beau­­­­­­­­­­­coup d’autres : inves­­­­­­­­­­­tis­­­­­­­­­­­se­­­­­­­­­­­ment dans l’éco­­­­­­­­­­­no­­­­­­­­­­­mie sociale et dans l’in­­­­­­­­­­­ser­­­­­­­­­­­tion socio-profes­­­­­­­­­­­sion­­­­­­­­­­­nelle, reva­­­­­­­­­­­lo­­­­­­­­­­­ri­­­­­­­­­­­sa­­­­­­­­­­­tion des emplois dans le non-marchand, refonte du système scolaire pour qu’il soit plus égali­­­­­­­­­­­taire, reva­­­­­­­­­­­lo­­­­­­­­­­­ri­­­­­­­­­­­sa­­­­­­­­­­­tion du job des ensei­­­­­­­­­­­gnants… Limi­­­­­­­­­­­ter les inéga­­­­­­­­­­­li­­­­­­­­­­­tés par le haut (extrême richesse) et par le bas (extrême pauvreté) béné­­­­­­­­­­­fi­­­­­­­­­­­cie à l’en­­­­­­­­­­­semble de la société, tant d’un point de vue social que d’un point de vue écolo­­­­­­­­­­­gique.

Mais comment avan­­­­­­­­­­­cer vers ces quatre grandes mesures d’éco­­­­­­­­­­­lo­­­­­­­­­­­gie popu­­­­­­­­­­­laire ? En les faisant vivre, en les arti­­­­­­­­­­­cu­­­­­­­­­­­lant à des projets collec­­­­­­­­­­­tifs déjà exis­­­­­­­­­­­tants loca­­­­­­­­­­­le­­­­­­­­­­­ment, en favo­­­­­­­­­­­ri­­­­­­­­­­­sant les proces­­­­­­­­­­­sus démo­­­­­­­­­­­cra­­­­­­­­­­­tiques. En faisant parti­­­­­­­­­­­ci­­­­­­­­­­­per les gens, les habi­­­­­­­­­­­tants, les premiers concer­­­­­­­­­­­nés, aux prises de déci­­­­­­­­­­­sion. Un exemple concret ? Les commu­­­­­­­­­­­nau­­­­­­­­­­­tés d’éner­­­­­­­­­­­gie : elles permettent à des habi­­­­­­­­­­­tants à la fois de s’ap­­­­­­­­­­­pro­­­­­­­­­­­prier les enjeux éner­­­­­­­­­­­gé­­­­­­­­­­­tiques, de poli­­­­­­­­­­­ti­­­­­­­­­­­ser leur rapport à l’éner­­­­­­­­­­­gie et de produire et consom­­­­­­­­­­­mer de l’éner­­­­­­­­­­­gie renou­­­­­­­­­­­ve­­­­­­­­­­­lable. Mais sans un soutien public fort, ces commu­­­­­­­­­­­nau­­­­­­­­­­­tés restent trop confi­­­­­­­­­­­den­­­­­­­­­­­tielles, l’apa­­­­­­­­­­­nage de quelques groupes privi­­­­­­­­­­­lé­­­­­­­­­­­giés. Il s’agit d’en faire une réelle poli­­­­­­­­­­­tique publique de lutte contre la préca­­­­­­­­­­­rité éner­­­­­­­­­­­gé­­­­­­­­­­­tique, permet­­­­­­­­­­­tant au plus grand nombre d’y parti­­­­­­­­­­­ci­­­­­­­­­­­per. Avec ces commu­­­­­­­­­­­nau­­­­­­­­­­­tés, le voisi­­­­­­­­­­­nage crée du lien, renforce sa conscience éner­­­­­­­­­­­gé­­­­­­­­­­­tique et sa conscience collec­­­­­­­­­­­tive, ils pratiquent à petite échelle des expé­­­­­­­­­­­riences de démo­­­­­­­­­­­cra­­­­­­­­­­­tie qui sont un premier pas vers des mesures plus globales.


1. On aime l’im­­­­­­­­­­­pôt, c’est sûr, et on l’aime encore plus quand il est juste ! Plus d’info dans notre Contrastes spécial campagne 2025 : « L’im­­­­­­­­­­­pôt ça nous enri­­­­­­­­­­­chit ! »

2. Le rapport complet et la synthèse sont en libre télé­­­­­­­­­­­char­­­­­­­­­­­ge­­­­­­­­­­­ment ici : https://sonya.sciences.ulb.be/navi­­­­­­­­­­­ga­­­­­­­­­­­tion/membres/projets-de-recherche/projets-termines/prets

3. Le sujet vous inté­­­­­­­­­­­resse ? Nos contrastes spécial campagne 2024 et 2023 en parlent en long et en large !