Analyses

L’édu­ca­tion perma­nente, poumon de la démo­cra­tie (Juin 2026)

Comme un orga­­­­­­­nisme vivant, la démo­­­­­­­cra­­­­­­­tie a besoin d’oxy­­­­­­­gène. L’édu­­­­­­­ca­­­­­­­tion perma­­­­­­­nente veille à lui en appor­­­­­­­ter. Dans un contexte morose, alors que fait rage la bataille des idées dans toutes les strates de la société, ses dispo­­­­­­­si­­­­­­­tifs de rencontre, de débat et d’ac­­­­­­­tion collec­­­­­­­tive sont autant de respi­­­­­­­ra­­­­­­­tions bien utiles. 

D’après le diction­­­­­­­naire, la démo­­­­­­­cra­­­­­­­tie est une « forme de gouver­­­­­­­ne­­­­­­­ment dans laquelle la souve­­­­­­­rai­­­­­­­neté appar­­­­­­­tient au peuple[1] ». Qu’elle soit directe, parti­­­­­­­ci­­­­­­­pa­­­­­­­tive ou repré­­­­­­­sen­­­­­­­ta­­­­­­­tive, la démo­­­­­­­cra­­­­­­­tie n’est pas un système immuable. Il s’agit d’un proces­­­­­­­sus en évolu­­­­­­­tion, qui doit être constam­­­­­­­ment entre­­­­­­­tenu, dyna­­­­­­­misé. On pour­­­­­­­rait le compa­­­­­­­rer à un logi­­­­­­­ciel qui, pour rester perfor­­­­­­­mant et adapté, doit être régu­­­­­­­liè­­­­­­­re­­­­­­­ment mis à jour, par et pour ses utili­­­­­­­sa­­­­­­­teurs et utili­­­­­­­sa­­­­­­­trices.

Vivi­­­­­­­fier la démo­­­­­­­cra­­­­­­­tie

Pour beau­­­­­­­coup de gens, les premiers mots qui viennent à l’es­­­­­­­prit lorsqu’on parle de démo­­­­­­­cra­­­­­­­tie sont : élec­­­­­­­tions, poli­­­­­­­tique, minis­­­­­­­tres… Mais vivre en démo­­­­­­­cra­­­­­­­tie, ce n’est pas seule­­­­­­­ment élire des repré­­­­­­­sen­­­­­­­tant.es tous les quatre ou cinq ans ; ce n’est pas unique­­­­­­­ment l’af­­­­­­­faire des person­­­­­­­na­­­­­­­li­­­­­­­tés poli­­­­­­­tiques. Non, les moteurs de la démo­­­­­­­cra­­­­­­­tie, ce sont avant tout les citoyennes et les citoyens, de tout hori­­­­­­­zon et de toute condi­­­­­­­tion sociale. La démo­­­­­­­cra­­­­­­­tie se vit, chaque jour, bien sûr dans les parle­­­­­­­ments, mais aussi au sein du tissu écono­­­­­­­mique, social et cultu­­­­­­­rel.

Infor­­­­­­­ma­­­­­­­tion, déli­­­­­­­bé­­­­­­­ra­­­­­­­tion, éman­­­­­­­ci­­­­­­­pa­­­­­­­tion

La démo­­­­­­­cra­­­­­­­tie ne peut vivre que par l’in­­­­­­­ter­­­­­­­mé­­­­­­­diaire de citoyens et de citoyennes en capa­­­­­­­cité de s’y inté­­­­­­­res­­­­­­­ser et de s’im­­­­­­­pliquer. Or, pour exer­­­­­­­cer ce droit à la parti­­­­­­­ci­­­­­­­pa­­­­­­­tion, les indi­­­­­­­vi­­­­­­­dus ont besoin non seule­­­­­­­ment d’ac­­­­­­­cé­­­­­­­der à une infor­­­­­­­ma­­­­­­­tion de qualité mais aussi de la mettre en débat, de croi­­­­­­­ser les points de vue : ce travail de déli­­­­­­­bé­­­­­­­ra­­­­­­­tion permet une évolu­­­­­­­tion, un dépla­­­­­­­ce­­­­­­­ment… C’est une façon de ne pas rester figés mais plutôt de chemi­­­­­­­ner ensemble, pour construire un point de vue collec­­­­­­­tif.

Ces deux prin­­­­­­­cipes – accès à l’in­­­­­­­for­­­­­­­ma­­­­­­­tion et déli­­­­­­­bé­­­­­­­ra­­­­­­­tion – n’ont rien d’évident à l’ère des réseaux sociaux et du tout-numé­­­­­­­rique. Para­­­­­­­doxa­­­­­­­le­­­­­­­ment, alors que jamais un indi­­­­­­­vidu « ordi­­­­­­­naire » n’a eu autant de possi­­­­­­­bi­­­­­­­li­­­­­­­tés de se rensei­­­­­­­gner et de s’ex­­­­­­­pri­­­­­­­mer, la désin­­­­­­­for­­­­­­­ma­­­­­­­tion fait des ravages, au point que « ce ne sont même plus les inter­­­­­­­­­­­­­pré­­­­­­­ta­­­­­­­tions des faits qui sont en débat, mais les faits eux-mêmes [2] », comme s’en inquiète la jour­­­­­­­na­­­­­­­liste Salomé Saqué.

Dans ce contexte, les orga­­­­­­­ni­­­­­­­sa­­­­­­­tions d’édu­­­­­­­ca­­­­­­­tion perma­­­­­­­nente sont précieuses, car « elles permettent juste­­­­­­­ment de construire un regard critique, libre­­­­­­­ment (elles sont mêmes finan­­­­­­­cées par les pouvoirs publics, de manière struc­­­­­­­tu­­­­­­­relle, durable, pour remplir cette fonc­­­­­­­tion) [3] » L’édu­­­­­­­ca­­­­­­­tion perma­­­­­­­nente vivi­­­­­­­fie la démo­­­­­­­cra­­­­­­­tie parce qu’elle met en place des dispo­­­­­­­si­­­­­­­tifs de rencontre, de débat, pour susci­­­­­­­ter la réflexion et la prise de recul critique, autant de manières d’oxy­­­­­­­gé­­­­­­­ner la société en évitant le repli sur son pré carré et l’iso­­­­­­­le­­­­­­­ment.

Sa portée est cultu­­­­­­­relle, son action collec­­­­­­­tive. Elle se veut éman­­­­­­­ci­­­­­­­pa­­­­­­­trice, trans­­­­­­­for­­­­­­­ma­­­­­­­tri­­­­­­­ce… C’est pourquoi ce proces­­­­­­­sus s’ins­­­­­­­crit dans le temps long et dans une certaine vision de la société, soli­­­­­­­daire et démo­­­­­­­cra­­­­­­­tique.

Sous perfu­­­­­­­sion, mais vital

Éman­­­­­­­ci­­­­­­­pa­­­­­­­tion, trans­­­­­­­for­­­­­­­ma­­­­­­­tion sociale, action collec­­­­­­­ti­­­­­­­ve… Ces mots qui nous sont chers tiennent pour­­­­­­­tant du jargon auprès d’une partie des personnes qui nous demandent en quoi consiste notre travail. Comment expliquer en quelques mots simples un proces­­­­­­­sus qui, pour être compris, doit être expé­­­­­­­ri­­­­­­­menté ? Cette ques­­­­­­­tion est d’au­­­­­­­tant plus impor­­­­­­­tante, à l’heure actuelle, que le secteur est sévè­­­­­­­re­­­­­­­ment ques­­­­­­­tionné et même malmené par le gouver­­­­­­­ne­­­­­­­ment qui en a la tutel­­­­­­­le… et qui tient les cordons de la bourse !

Le fait que des pouvoirs publics, non seule­­­­­­­ment auto­­­­­­­risent, mais aussi financent des asso­­­­­­­cia­­­­­­­tions et des mouve­­­­­­­ments dans le but de susci­­­­­­­ter une réflexion critique et une action commune est un indi­­­­­­­ca­­­­­­­teur de bonne santé démo­­­­­­­cra­­­­­­­tique. Cepen­­­­­­­dant, il faut bien recon­­­­­­­naître que le secteur asso­­­­­­­cia­­­­­­­tif – y compris l’édu­­­­­­­ca­­­­­­­tion perma­­­­­­­nente – fonc­­­­­­­tionne en grande partie grâce aux subsides publics (donc à l’argent des contri­­­­­­­buables), ce qui peut nuire à son auto­­­­­­­no­­­­­­­mie.

Ce pour­­­­­­­rait être une faiblesse, une dépen­­­­­­­dance, mais on peut aussi y voir un juste retour des choses. Sans éduca­­­­­­­tion perma­­­­­­­nente, ou du moins sans poli­­­­­­­tiques cultu­­­­­­­relles qui permettent aux citoyennes et aux citoyens de dire leur réalité et de dessi­­­­­­­ner la société de demain, la démo­­­­­­­cra­­­­­­­tie serait beau­­­­­­­coup moins vivace. Et sans démo­­­­­­­cra­­­­­­­tie, quelle serait la voca­­­­­­­tion des pouvoirs publics, si n’est de répondre à des direc­­­­­­­tives auto­­­­­­­ri­­­­­­­taires ou de se soumettre aux lois débri­­­­­­­dées du marché ?

Comme l’ex­­­­­­­pliquait un collec­­­­­­­tif d’or­­­­­­­ga­­­­­­­nismes de la société civile, « qu’on le veuille ou non, l’ap­­­­­­­pren­­­­­­­tis­­­­­­­sage de la démo­­­­­­­cra­­­­­­­tie et de la citoyen­­­­­­­neté a un coût. » Mais cet inves­­­­­­­tis­­­­­­­se­­­­­­­ment est néces­­­­­­­saire, car « l’his­­­­­­­toire nous a montré qu’il n’y a pas de démo­­­­­­­cra­­­­­­­tie sans démo­­­­­­­crates, sans un appren­­­­­­­tis­­­­­­­sage de la citoyen­­­­­­­neté tout au long de la vie. [4] » Il est donc tout à fait logique de récla­­­­­­­mer des moyens pour déve­­­­­­­lop­­­­­­­per des dispo­­­­­­­si­­­­­­­tifs aussi impor­­­­­­­tants.

Cepen­­­­­­­dant, ces diffi­­­­­­­cul­­­­­­­tés liées au finan­­­­­­­ce­­­­­­­ment de l’édu­­­­­­­ca­­­­­­­tion perma­­­­­­­nente – et plus large­­­­­­­ment du secteur asso­­­­­­­cia­­­­­­­tif – ne sont qu’une des nombreuses consé­quences des victoires idéo­­­­­­­lo­­­­­­­giques de la droite. Ce glis­­­­­­­se­­­­­­­ment ne doit rien au hasard : une bataille cultu­­­­­­­relle est en cours, et nous avons un rôle à y jouer.

Mener la bataille cultu­­­­­­­relle

Qu’on la quali­­­­­­­fie de conser­­­­­­­va­­­­­­­trice, réac­­­­­­­tion­­­­­­­naire ou extrême, la droite propage ses idées et les fait passer pour évidentes, à force de matraquage. Le président du Mouve­­­­­­­ment réfor­­­­­­­ma­­­­­­­teur l’as­­­­­­­sume crâne­­­­­­­ment, sur le plateau du JT, quand il affirme mener une « guerre cultu­­­­­­­relle » et la néces­­­­­­­sité, selon lui, de « gagner dans les esprits [5] ».

Des constats alar­­­­­­­mants

La parole décom­­­­­­­plexée de certains leaders poli­­­­­­­tiques a contri­­­­­­­bué au dépla­­­­­­­ce­­­­­­­ment de la fenêtre d’Over­­­­­­­ton [6] : des idées qui semblaient choquantes il y a peu, sont aujourd’­­­­­­­hui large­­­­­­­ment diffu­­­­­­­sées. Menée sur tous les fronts, la stra­­­­­­­té­­­­­­­gie qui consiste à « inon­­­­­­­der la zone de merde » (dixit Steve Bannon, ancien conseiller de Donald Trump) a favo­­­­­­­risé les victoires de la droite, voire de l’ex­­­­­­­trême droite, dans les urnes mais plus encore dans les menta­­­­­­­li­­­­­­­tés. Non sans consé­quen­­­­­­­ces…

Les atteintes à l’état de droit en matière de poli­­­­­­­tique d’ac­­­­­­­cueil, la chasse aux chômeurs et aux malades de longue durée, les attaques assu­­­­­­­mées contre la société civi­­­­­­­le… se sont accen­­­­­­­tuées en raison de cette emprise crois­­­­­­­sante sur l’opi­­­­­­­nion publique. Au point que même des victimes du système défendent des idées qui, pour­­­­­­­tant, les rendent encore plus vulné­­­­­­­rables. Cette tendance va de pair avec la mise en concur­­­­­­­rence constante des un.es et des autres, bien servie par les discri­­­­­­­mi­­­­­­­na­­­­­­­tions multiples et les inéga­­­­­­­li­­­­­­­tés qui, à leur tour, alimentent le ressen­­­­­­­ti­­­­­­­ment et la peur du déclas­­­­­­­se­­­­­­­ment. D’où la recherche, d’une part, de boucs émis­­­­­­­saires et, d’autre part, de figures provi­­­­­­­den­­­­­­­tielles ou de leaders auto­­­­­­­ri­­­­­­­taires, au risque de mettre à mal la démo­­­­­­­cra­­­­­­­tie. [7]

Pour le secteur de l’édu­­­­­­­ca­­­­­­­tion perma­­­­­­­nente, cela se traduit par plusieurs diffi­­­­­­­cul­­­­­­­tés : la mobi­­­­­­­li­­­­­­­sa­­­­­­­tion compliquée des publics (lassi­­­­­­­tude, fatigue, oppo­­­­­­­si­­­­­­­tion) ; l’épui­­­­­­­se­­­­­­­ment des travailleurs.euses, en manque de victoires symbo­­­­­­­liques ; l’ac­­­­­­­cu­­­­­­­mu­­­­­­­la­­­­­­­tion et la complexité des défis sociaux et écolo­­­­­­­giques… Et aujourd’­­­­­­­hui, la réduc­­­­­­­tion des ressources !

Il s’agit d’une nouvelle donne, inédite depuis que l’édu­­­­­­­ca­­­­­­­tion perma­­­­­­­nente est recon­­­­­­­nue et finan­­­­­­­cée par les pouvoirs publics.

Des méthodes pour compren­­­­­­­dre… et se défendre

Para­­­­­­­doxa­­­­­­­le­­­­­­­ment, les attaques subies ces derniers mois par le secteur asso­­­­­­­cia­­­­­­­tif sont peut-être le signe que la bataille des idées n’a pas encore été rempor­­­­­­­tée par cette droite décom­­­­­­­plexée, mais qu’une forme de lutte est toujours en cours… et donc que toutes les victoires restent encore possibles, à partir des initia­­­­­­­tives citoyennes, des mouve­­­­­­­ments sociaux, de la société civile, car ce sont les lieux par excel­­­­­­­lence où se forge l’es­­­­­­­prit critique, où le débat démo­­­­­­­cra­­­­­­­tique infuse, où les soli­­­­­­­da­­­­­­­ri­­­­­­­tés se vivent, et où une forme de résis­­­­­­­tance s’or­­­­­­­ga­­­­­­­nise !

Plus que jamais, ce défi « cultu­­­­­­­rel » plaide pour le renfor­­­­­­­ce­­­­­­­ment des dyna­­­­­­­miques qui nous sont chères : rassem­­­­­­­bler les personnes pour favo­­­­­­­ri­­­­­­­ser la réflexion en groupe, échan­­­­­­­ger des idées et débattre ; accom­­­­­­­pa­­­­­­­gner la conflic­­­­­­­tua­­­­­­­lité et la diver­­­­­­­sité d’opi­­­­­­­nions ; moti­­­­­­­ver la prise de parole des personnes les plus fragi­­­­­­­li­­­­­­­sées ou discri­­­­­­­mi­­­­­­­nées ; analy­­­­­­­ser la situa­­­­­­­tion, décons­­­­­­­truire les méca­­­­­­­nismes à l’œuvre et propo­­­­­­­ser des pistes, des plus concrètes aux plus utopiques. Les diffé­­­­­­­rents axes prévus par le cadre légal permettent ces approches complé­­­­­­­men­­­­­­­taires.

En ce sens, l’édu­­­­­­­ca­­­­­­­tion perma­­­­­­­nente est aussi un blason de la démo­­­­­­­cra­­­­­­­tie : elle en est à la fois un emblème et un bouclier. Issue des pratiques d’édu­­­­­­­ca­­­­­­­tion popu­­­­­­­laires et recon­­­­­­­nue comme un symbole, elle doit main­­­­­­­te­­­­­­­nant servir de protec­­­­­­­tion contre les atteintes aux prin­­­­­­­cipes démo­­­­­­­cra­­­­­­­tiques que sont la parti­­­­­­­ci­­­­­­­pa­­­­­­­tion citoyenne, l’éga­­­­­­­lité, la liberté asso­­­­­­­cia­­­­­­­tive, l’état de droit, la sépa­­­­­­­ra­­­­­­­tion des pouvoirs…

Action collec­­­­­­­tive, prise de risques et enga­­­­­­­ge­­­­­­­ment

« Mais qu’est-ce qu’on peut faire ? » Cette ques­­­­­­­tion, souvent posée au sein des groupes, renvoie à la néces­­­­­­­sité de traduire les constats et l’ana­­­­­­­lyse en actions, au service d’une société soli­­­­­­­daire. Il faut conti­­­­­­­nuer de viser un hori­­­­­­­zon, même utopique, mais aussi essayer de l’at­­­­­­­teindre de façon concrète.

Viser un hori­­­­­­­zon… Mais lequel ? Trans­­­­­­­for­­­­­­­mer la socié­­­­­­­té… Mais pour construire quoi ? Ce ne sont pas les idées qui manquent mais, pour ne pas se lais­­­­­­­ser noyer par les propo­­­­­­­si­­­­­­­tions de plus en plus nauséa­­­­­­­bondes émanant de la droite conser­­­­­­­va­­­­­­­trice ou extrême, il faut aussi se posi­­­­­­­tion­­­­­­­ner sur les enjeux qui se sont impo­­­­­­­sés dans le débat public.

Pour citer un exemple, la campagne menée en 2025 par les Équipes popu­­­­­­­laires a osé se saisir d’un défi majeur en clamant, de façon un peu provo­­­­­­­cante, que « l’im­­­­­­­pôt, ça nous enri­­­­­­­chit ! » Car en effet, la justice fiscale est une reven­­­­­­­di­­­­­­­ca­­­­­­­tion emblé­­­­­­­ma­­­­­­­tique du terrain à (re)conqué­­­­­­­rir dans cette bataille des idées. Perçu comme une puni­­­­­­­tion, mal utilisé quand il est mis au service de poli­­­­­­­tiques néoli­­­­­­­bé­­­­­­­rales, l’im­­­­­­­pôt est aussi essen­­­­­­­tiel quand il « finance les services publics dont nous béné­­­­­­­fi­­­­­­­cions tous », et pour­­­­­­­rait être « un outil magni­­­­­­­fique pour avan­­­­­­­cer dans le sens d’une société qui protège, soutient et inves­­­­­­­tit en chacun de nous. [8] » Voilà donc un sujet à conti­­­­­­­nuel­­­­­­­le­­­­­­­ment rame­­­­­­­ner sur la table, au sein de nos orga­­­­­­­ni­­­­­­­sa­­­­­­­tions et de nos groupes.

Dans le même ordre d’idées, il est temps de (re)gagner du terrain là où nous en avons le plus perdu, à savoir les ques­­­­­­­tions rela­­­­­­­tives à l’ac­­­­­­­cueil et à la migra­­­­­­­tion. Depuis trop long­­­­­­­temps, les personnes sans-papiers, étran­­­­­­­gères, primo-arri­­­­­­­vantes ou réfu­­­­­­­giées (souvent confon­­­­­­­dues) sont les premières cibles de la violence insti­­­­­­­tu­­­­­­­tion­­­­­­­nelle et des poli­­­­­­­tiques iniques menées en Europe et dans nos régions. Comme l’évoque une étude du Centre de forma­­­­­­­tion Cardijn, « le thème de la migra­­­­­­­tion est une clé de voûte. Autour de lui s’ar­­­­­­­ti­­­­­­­culent des choix de société : accueil ou exclu­­­­­­­sion ? prio­­­­­­­rité natio­­­­­­­nale ou égale dignité humaine ? [9] » Plus que tout autre, ce thème rappelle que notre démarche n’est jamais neutre : l’édu­­­­­­­ca­­­­­­­tion perma­­­­­­­nente « s’ins­­­­­­­crit dans une pers­­­­­­­pec­­­­­­­tive d’éga­­­­­­­lité et de progrès social » ; elle a pour but « de construire une société plus juste, plus démo­­­­­­­cra­­­­­­­tique et plus soli­­­­­­­daire qui favo­­­­­­­rise la rencontre entre les cultures [10] ».

Fisca­­­­­­­lité, migra­­­­­­­tion… Pour entre­­­­­­­te­­­­­­­nir la parti­­­­­­­ci­­­­­­­pa­­­­­­­tion citoyenne, l’édu­­­­­­­ca­­­­­­­tion perma­­­­­­­nente doit prendre le risque de trai­­­­­­­ter les sujets sensibles et compliqués, avec de la nuance mais aussi de l’en­­­­­­­ga­­­­­­­ge­­­­­­­ment. Avec les gens. Pour les gens. En renforçant le travail de proxi­­­­­­­mité et en créant des alliances entre acteurs et actrices de ce secteur riche et foison­­­­­­­nant, poumon de notre démo­­­­­­­cra­­­­­­­tie.


[1] https://diction­­­­­­­naire.lero­­­­­­­bert.com/.

[2] S. SAQUÉ, Résis­­­­­­­ter, Paris, Éditions Payot, 2024.

[3] Centre de forma­­­­­­­tion Cardijn, Popu­­­­­­­la­­­­­­­tion en diffi­­­­­­­culté cherche démo­­­­­­­cra­­­­­­­tie de toute urgence, 2024.

[4] « Qui sont les assis­­­­­­­tés ? », https://econo­­­­­­­mie­­­­­­­so­­­­­­­ciale.be/fil_actu/carte-blanche-qui-sont-les-assistes/, 15.10.2025.

[5] RTBF, jour­­­­­­­nal télé­­­­­­­visé du 03.02.2025.

[6] Théo­­­­­­­risé par le lobbyiste améri­­­­­­­cain Joseph Over­­­­­­­ton, ce concept désigne l’en­­­­­­­semble des idées et des opinions consi­­­­­­­dé­­­­­­­rées comme accep­­­­­­­tables dans l’es­­­­­­­pace public. À force de marte­­­­­­­ler des propos extrêmes, il est possible de dépla­­­­­­­cer cette « fenêtre » et de rendre certaines idées plus tolé­­­­­­­rables, même si précé­­­­­­­dem­­­­­­­ment elles étaient consi­­­­­­­dé­­­­­­­rées comme choquantes.

[7] « Si ce n’est pas du fascisme, qu’est-ce que c’est ? », dans Contrastes, Namur, Les Équipes popu­­­­­­­laires, n° 233, avril-mai 2026, pp. 3–5.

[8] « L’im­­­­­­­pôt, ça nous enri­­­­­­­chit ! », dans Contrastes, Namur, Les Équipes popu­­­­­­­laires, n° 228, mai-juin 2025, p. 3.

[9] Sur le pont des murmures, Namur, Centre de forma­­­­­­­tion Cardijn, 2025, p. 6.

[10] Extraits du Décret rela­­­­­­­tif au déve­­­­­­­lop­­­­­­­pe­­­­­­­ment de l’ac­­­­­­­tion d’Édu­­­­­­­ca­­­­­­­tion perma­­­­­­­nente dans le champ de la vie asso­­­­­­­cia­­­­­­­tive, article 1er § 1 et 3, modi­­­­­­­fié le 04.11.2018.